‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 128 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

pas livrer au supplice un homme qui a bien mérité de la liberté commune. Il leur expose que leur nonchalance ferait périr avec lui quatre-vingt mille hommes d'élite, et que, calcul fait, à peine a-t-il du blé pour trente jours; mais l'économie pourra le faire durer un peu plus longtemps ». Lui ayant donné ces instructions, il fait, à la seconde veille, évader sa cavalerie par un endroit où nos lignes n'étaient pas achevées. Il ordonne, sous peine de mort en cas de désobéissance, qu'on lui apporte tout le blé, distribue par tête le bétail dont les Mandubiens avaient fait rentrer une grande quantité, établit des distributions de blé modiques et régulières, et retire dans la ville toutes les troupes qu'il avait postées en avant. Tel fut son plan pour attendre les secours de la Gaule et continuer la guerre.

César, en étant instruit par les déserteurs et les prisonniers, ordonna l'espèce de fortification suivante.

Il fit creuser un fossé de vingt pieds, perpendiculaire, aussi large par conséquent dans lé fond qu'au niveau du sol, et reporta tous les autres ouvrages à quatre cents pas en arrière. Comme il avait embrassé un terrain si vaste, que les lignes ne pouvaient guère être complètement garnies de soldats, il voulait empêcher l'ennemi de venir en force attaquer nos retranchements, de nuit, à l'improviste, et de lancer de jour des traits aux travailleurs. 11 fît tirer en deçà deux autres fossés aussi profonds que le premier et larges de quinze pieds : celui du centre, qui passait dans la

plaine et dans les fonds, fut rempli d'eau tirée de la l'ivière.

En arrière du tout, on éleva un rempart et sa terrasse de douze pieds de haut, avec un parapet, des créneaux et de longues palissades fourchues à la jonction de la terrasse et du parapet, pour arrêter l'ennemi, s'il tentait l'escalade. Le tout fut flanqué de tours, éloignées entre elles de quatre-vingts pieds.

Il fallait, tout à la fois, aller au bois, aux vivres et faire d'aussi grands ouvrages, ce qui affaiblissait nos troupes, forcées de se répandre au loin : plus d'une fois les Gaulois sortant par plusieurs portes, vinrent attaquer nos lignes avec la dernière vigueur. César crut donc devoir y ajouter encore, afin qu'on put les défendre avec un plus petit nombre de soldats. Ainsi l'on coupa des troncs d'arbres ou de très fortes branches qu'on enfonçait, équarris à la hache et aiguisés par le sommet, dans des fosses contiguës de cinq pieds de profondeur, d'où sortait le branchage de ces pieux, que l'on assujettissait au fond, pour qu'on ne put les arracher. Il y en avait 'cinq rangs, liés et entrelacés entre eux. Ceux qui s'y engageaient se perçaient euxmêmes de leurs pointes très aiguës. Cela s'appelait des cippes.

Devant les cippes, on creusa en quinconce des trous profonds de trois pieds, et un peu rétrécis par le haut. On y enfonçait d'autres pieux ronds et gros comme la cuisse, très pointus et brûlés par le bout : ils ne dépassaient le sol que de quatre doigts. Autour de chaque

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