‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 131 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

rage auront, croyez-vous, nos parents et nos proches, s'ils sont réduits à combattre presque sur les cadavres de quatre-vingt mille compatriotes égorges en un seul lieu ? Ne les privez pas de votre secours, eux qui, pour vous sauver, auront méprisé leurs dangers personnels; et, soit folie et témérité, soit défaut d'énergie, n'allez pas accabler toute la Gaule et la condamner à un éternel esclavage. Douteriez-vous de leurs promesses et de leur persévérance, parce qu'ils ne sont pas vernis aux jours précis ? Eh quoi! pensez-vous que ce soit pour se tenir en haleine, que, chaque jour, les Romains travaillent à ces fortifications extérieures? Si, tous les chemins étant fermés, vos amis ne peuveiit s' annoncer par des courriers, croyez, sur ce témoignage, que leur arrivée est prochaine ; c'est là ce qui effraye les ennemis et les tient nuit et jour à l'ouvrage.

Quel est donc mon opinion ? C'est de faire ce que firent nos a7icêtres,dans la guerre bien différente des Cimbres et des Teutons. Réfugiés dans leurs villes, réduits à la même iisette, ils soutinrent leur existence avec les corps de ceux que l'âge rendait inhabiles à la guerre, et ne se livrèrent DUS à l'ennemi. Et si nous n'avions pas cet exemple, je croirais bien beau de le donner aujourd'hui pour la liberté, de le transmettre à nos neveux. Car quelle guerre ''ut pareille à celle-ci? Si les Cimbres ravagèrent la Gaule H lui causèrent de grands maux, ils en sortirent enfin et cassèrent en d'autres pays : mais, les Romains, dominés oar la jalousie, que prétendent-ils, que veulent-ils autre )hose que de soumettre à un joug éternel des peuples que

la renommée disait illustres et belliqueux, et de se fixer dans nos campagnes et dans nos villes? Car ils n'ont jamais eu d'autre but dans leurs guerres; et, si vous ignorez ce qui se passe chez les nations éloignées, considérez la Gaule qui vous avoisine : son droit et ses lois sont changés^ la hache la menace et, réduite en province, elle gémit dans une servitude sans terme.

Les voix recueillies, il fut résolu « De faire sortir de la ville ce que l'âge ou la santé rendait inutile à la guerre, et de tout tenter avant de suivre l'avis de Critognat : cependant si le secours tardait trop et qu'on en fût réduit là, on s'y conformerait plutôt que d'en venir à capituler ou à faire la paix >. L'armée, que les Mandubiens avaient reçue dans leur ville, les força d'en sortir avec leurs femmes et leurs enfants : ils s'avancèrent vers les lignes des Romains, fondant en larmes et suppliant « Qu'on les prît pour esclaves et qu'on leur donnât des vivres >. César plaça des postes sur le rempart, pour empêcher de les recevoir.

Cependant Comiusetses collègues arrivent avec toutes leurs forces près d'Alésia,et campent sur une colline, à mille pas tout au plus de nos lignes. Le lendemain ils font sortir leur cavalerie, qui couvrait toute cette plaine que nous avons dit s'étendre sur un front de trois milles ; leur infanterie se tenait à quelque distance, cachée sur les hauteurs. D'Alésia on dominait sur la campagne: àla vue du secours, on s'empresse, on s'entre-féliciteettous les cœurs s'excitent à l'allégresse. Les troupes sortent donc et se forment devant la ville :

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