‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 141 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

comme c'est l'ordinaire dans les expéditions, la onzième légion faisait l'arrière-garde, afin qu'il ne paiùt pas aux ennemis plus de troupes qu'ils n'en demandaient eux-mêmes. Ayant ainsi formé comme un bataillon carré, il arrive avec son armée en présence des ennemis, bien plus tôt qu'ils ne l'attendaient.

Les Gaulois, dont César connaissait les projets pleins d'assurance, voyant inopinément venir à eux d'un pas ferme les légions rangées comme pour une action, se mettent en bataille en avant de leur camp : mais, soit crainte de l'événement, soit surprise de notre arrivée, soit désir de connaître quel parti nous prendrions, ils n'abandonnent pas la hauteur. César, quoiqu'il eût souhaité de combattre, fut cependant étonné de la multitude des ennemis. Il assied son camp en face du leur, dont il n'était séparé que par un vallon plus profond que large, et le fait fortifier d'un rempart de douze pieds de haut, avec un parapet proportionné. Il ordonne de creuser un double fossé de quinze pieds à fond de cuve, d'élever quantité de tours à trois étages, et de jeter de l'une à l'autre des ponts en planches, défendus de front par des claies d'osier, afin d'opposer aux ennemis un double rang de combattants, dont l'un, moins exposé vu l'élévation des ponts, lancerait ses traits et plus loin et avec plus d'assurance, et dont l'autre, placé plus près des assaillants sur la terrasse même, serait, par les ponts, à l'abri des traits qui retomberaient : il mit des portes et des tours plus élevées aux issues. Ces ouvrages

avaient un double but : car il espérait que leur masse et ses précautions donneraient de la confiance aux Barbares ; et, lorsqu'il faudrait aller chercher au loin du fourrage et des vivres, il considérait que le camp, vu sa force, pourrait se défendre avec peu de troupes.

Cependant il se livrait fréquemment de légers combats entre des partis sortis des deux camps. Le marais était entre deux ; et pourtant nos auxiliaires, Germains ou Gaulois, le passaient quelquefois et poursuivaient chaudement l'ennemi, qui, de son côté, le franchissant un autre jour, leur faisaient perdre dn terrain. Au reste, dans les fourrages journaliers, il arrivait ce qui arrive nécessairement lorsqu'on va fouiller des habitations isolées et disséminées, que l'ennemi surprenait, dans des lieux fourrés, nos gens épars : ce qui, tout en ne nous coûtant que quelques bêtes de somme et quelques valets, encourageait néanmoins les visions insensées des Barbares ; d'autant plus que Comius qui, comme on l'a dit, était allé chercher les Germains, en avait amené quelques-uns ; et, quoique ce ne fût que cinq cents cavaliers, les Gaulois en avaient plus de jactance.

Voyant, au bout de plusieurs jours, que l'ennemi ne sortait pas de son camp, défendu par le marais et par sa position, et qu'on ne pouvait ni l'y attaquer, sans perdre beaucoup de monde, ni l'entourer d'une circonvallation, sans avoir plus de troupes. César écrit à Trébonius de se faire joindre, dans le plus bref délai,

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