‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 142 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

par la treizième légion, cantonnée chez les Bituriges sous les ordres du lieutenant T. Sextius, et de la lui araener à grandes journées avec les deux siennes. Cependant il détache à tour de rôle la cavalerie des Lingons, des Rémois et des autres cités, dont il en avait tiré beaucoup, pour soutenir ses fourrageurs et réprimer les brusques excursions de l'ennemi.

La chose ayant lieu tous les jours, l'habitude fit diminuer de précaution ; effet ordinaire de l'uniformité. Connaissant les stations journalières de nos cavaliers, les Bellovaques embusquent de l'infanterie d'élite dans des lieux couverts de bois et, le lendemain, envoient du même côté de la cavalerie pour attirer d'abord la nôtre vers le piège, la cerner et l'attaquer ensuite. Le malheur tomba sur les Rémois, qui étaient ce jour-là d'escorte ; car, découvrant tout à coup la cavalerie ennemie, et, vu leur nombre supérieur, méprisant sa faiblesse, ils la poursuivirent trop vivement et furent enveloppés par l'infanterie. Déconcertés de cette attaque, ils se retirèrent plus vite qu'il n'est ordinaire dans les affaires de cavalerie, et perdirent Vertiscus, leur commandant et le chef de leur cité, qui, quoique son âge lui permît à peine de se tenir à cheval, n'avait cependant voulu, suivant l'usage des Gaulois, ni s'en faire une excuse pour ne pas accepter le commandement, ni qu'on se battît sans lui. Ce succès et la mort du général rémois accrurent la jactance et la présomption des Gaulois, et nos gens apprirent, à leurs dépens, à mieux reconnaître les

lieux avant de s'y établir, et à poursuivre plus modérément un ennemi qui plie.

Chaque jour cependant il se livrait quelque combat, sous les yeux des deux armées, aux endroits guéables du marais. Dans un de ces chocs, les Germains, que César avait fait venir d'au delà du Rhin pour combattre parmi la cavalerie, traversèrent intrépidement le marais tous ensemble, et poursuivirent le gros des Gaulois avec plus d'acharnement que de coutume, après avoir tué le petit nombre qui avait fait résistance. La terreur s'empare et de ceux que l'on chargeait de près, et de ceux que les traits atteignaient au loin, et même de ceux de la réserve, postée comme de coutume à quelque distance : tous prennent honteusement la fuite et, chassés de hauteurs en hauteurs, ne s'arrêtent pas qu'ils ne soient rentrés dans leur camp. La frayeur en emporta plusieurs encore plus loin. Cet échec jeta parmi eux une terreur si grande, qu'il fut difficile de juger s'ils étaient plus insolents après un succès inespéré, qu'ils n'étaient timides après un léger revers.

Après être restés longtemps dans cette position, les généraux bellovaques, informés que le lieutenant Trébonius s'approchait chaque jour avec ses légions, renvoient de nuit, dans la crainte d'un siège tel que celui d'Alésia, tout ce que l'âge et le défaut d'armes ou de forces, leur rendait inutile, avec le reste des bagages. Le jour les ayant surpris, tandis qu'ils faisaient défiler cette bande effrayée et sans ordre (car l'usage

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