‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 144 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

sonnier apprit à César que le général des Bellovaques, Corréus, avait choisi sur toute l'armée six raille hommes des plus braves de l'iafanterie et mille de la cavalerie, pour les embusquer dans un canton où, vu l'abondance blé et du fourrage, il soupçonnait que les Romains enverraient fourrager. Instruit de ce projet, César fait sortir plus de légions que de coutume, envoie en avant la cavalerie, par laquelle il faisait d'ordinaire soutenir les fourrageurs, et l'entremêle de pelotons d'infanterie légère : lui-même, il s'approche le plus qu'il peut avec les légions.

Ayant choisi pour le lieu de l'action une plaine, d'un mille au plus en tous sens, entourée d'une rivière très profonde ou des bois très fourrés, les ennemis l'avaient cernée de leurs troupes, comme de filets. Notre cavalerie, au fait de leur plan, arrive sur le lieu par escadrons, tenant ses armes prêtes et parfaitement disposée à combattre, parce qu'elle était appuyée par les légions. A son approche, Corréus, croyant avoir trouvé l'occasion d'agir, se montre d'abord avec une poignée ie monde et charge les premiers escadrons. Ils soutiennent avec fermeté le choc, évitant de se serrer sur jn point; manœuvre qui, dans un combat de cavalerie, îomme elle est le plus souvent le résultat de la peur, occasionne de la perte, à raison du nombre même.

Gomme on se maintenait en escadron, sans laisser prendre en flanc les petits pelotons qui se battaient our à tour, le reste de la cavalerie ennemie s'élance lu bois, tandis que Corréus est aux mains. L'action

s'engage chaudement sur plusieurs points et se soutient à chance égale. Peu à peu cependant le gros de l'infanterie sort de la forêt en bon ordre et fait plier noire cavalerie, que soutient aussitôt notre infanterie légère, qui avait, comme on l'a dit, devancé les légions, et qui, placée entre les escadrons, se bat avec intrépidité. L'on se choque quelque temps avec une ardeur égale ; ensuite, comme l'exigeait le genre de l'affaire, ceux qui avaient résisté aux premiers efforts des embusqués obtiennent l'avantage, par cela même qu'étant sur leurs gardes, ils n'avaient rien souffert de l'embuscade.

Cependant les légions s'approchaient de plus en plus et les coureurs vinrent annoncer à la fois à nos gens et aux ennemis, que César arrive avec les légions en bataille. A cette nouvelle, assurés du secours des cohortes, nos soldats redoublent d'efforts : ils craignent, si l'affaire traîne en longueur, que les légions ne semblent partager avec eux l'honneur de la victoire. Les ennemis perdent courage et cherchent à fuir par divers chemins ;" c'est en vain : car, cette enceinte impraticable, oîi ils voulaient enfermer les Romains, ils s'y trouvent pris eux-mêmes. Vaincus enfin, culbutés, frappés de terreur, ils s'enfuient au hasard, ayant perdu la plus grande partie des leurs. Les uns gagnent la forêt, les autres le fleuve ; mais, vivement poursuivis dans la déroute, ils sont égorgés par nos soldats. Corréus, cependant, supérieur à tous les revers, ne veut ni sortir de la mêlée ni se jeter

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