LIVRE VIII
dans le bois : en vain on l'invite à se rendre ; il continue à se battre très vaillamment, blesse plusieurs soldats et force ainsi les vainqueurs enflammés de colère à lui lancer leurs javelots.
Ce fut la fin de l'affaire. César, entrant le moment d'après sur le champ de bataille, jugea qu'abattus par un si grand échec, les ennemis, dès qu'ils en auraient la nouvelle, abandonneraient leur camp, que l'on disait n'être pas à plus de douze milles de ce lieu de carnage : ainsi, quoique le fleuve s'opposât à sa marche, il le fit passer à l'armée et marcha en avant. Quelques fuyards, qui, quoique blessés, avaient évité la mort à la faveur des forêts, furent recueillis par les Bellovaques et leurs alliés. Voyant tout contre eux, informés de la mort de Corréus, de la perte de leur cavalerie et de leur plus brave infanterie, et persuadés que les Romains s'approchent, ils convoquent soudain l'assemblée, au son de la trompette, et l'on s'écrie : « Qu'il faut envoyer . des députés et des otages à César d.
La proposition étant généralement approuvée, l'atrébate Comius s'enfuit chez le peuple germain, dont il avait emprunté des secours pour cette guerre. Les autres chefs députent sur-le-champ vers César, ils le prient « De se contenter du châtiment qu'ils viennent d'éprouver : il est tel que, n'eussent-ils encore rien souffert, César, humain et clément comme il est, ne le leur aurait certes pas infligé, s'il avait pu le faire sans combat. La cavalerie bellovaque était écrasée : il avait
péri plusieurs mille hommes d'infanterie d'élite : à peine s'était-il sauvé des témoins de l'action. Dans un pareil malheur, un grand bien cependant pour les Bellovaques était la mort de Gorréus, le promoteur de la guerre, et qui avait soulevé la populace : car jamais, lui vivant, le sénat n'avait eu, dans la cité, autant de pouvoir que la multitude ignorante ».
En réponse aux supplications des députés, César leur rappela « Que l'année précédente, à la même époque, les Bellovaques et les autres cités de la Gaule avaient commencé la guerre : qu'ils avaient, eux, persisté dans leurs projets avec la dernière opiniâtreté, sans que la soumission des autres les eiit ramenés à la raison. Il sentait, il savait qu'il était très aisé de rejeter ses fautes sur les morts; mais nul homme, n'ayant pour lui qu'une misérable populace, n'était dans le cas d'allumer et de faire la guerre contre la volonté des gens de bien, malgré le sénat et l'opposition des grands; cependant il se contenterait du châtiment qu'ils s'étaient eux-mêmes attiré ». Les députés rapportent dans la nuit cette réponse aux Bellovaques et l'on rassemble des otages. Il accourt alors des députés des autres cités, qui attendaient l'événement. Elles donnent des otages, et tout rentre dans l'obéissance, excepté Comius, que la crainte empêchait de se fier à qui que ce fût. Car l'année précédente, tandis que César rendait la justice dans la Gaule citérieure, T. Labiénus, sachant que Comius intriguait près des cités pour former une ligue contre les Romains,