LIVRE VIII
blés en force sur les frontières des Pictons. D'après cela, Caninius se porte sur la ville de Limonum. Apprenant, en approchant, et d'une manière positive, que Duraciusyest assiégé par plusieurs milliers d'hommes, il campe dans une forte position. Le général ennemi, l'ande Dumnacus, informé de son arrivée, tourne toutes ses forces contre les légions et se met en devoir d'assiéger notre camp ; mais après avoir perdu plusieurs jours et beaucoup de monde sans pouvoir faire la moindre brèche aux lignes, il reprend le siège de Limonum.
Dans le même temps, le lieutenant C. Fabius recevait la soumission de plusieurs cités et s'en assurait par des otages. Mais, informé par les lettres de Caninius, de ce qui se passait chez les Pictons, il marche au secours de Duracius. Dumnacus, sachant qu'il s'avance et n'espérant pas s'échapper, s'il est forcé de tenir tête en dehors aux Romains, et tout à la fois de surveiller et de contenir les assiégés, se retire brusquement de devant Limonum avec son armée, et croit n'être bien en sûreté que lorsqu'il aura repassé la Loire, qu'il fallait traverser sur un pont, à raison de sa grandeur. Quoiqu'il ne fût pas encore à la vue des ennemis et n'eût pas fait sa jonction avec Caninius, Fabius néanmoins, sur les renseignements de gens qui connaissaient le pays, se persuada que l'ennemi effrayé gagnerait l'endroit qu'il gagnait en effet. Il marche donc avec ses troupes vers le même pont, ordonnant à sa cavalerie d'aller en avant autant que possible, mais
de manière à rentrer au camp le soir, sans harasser les chevaux. Elle atteint, suivant ses ordres, l'armée de Duranacus, l'attaque et, tombant sur des troupes en fuite, effrayées, et ayant le sac sur le dos, leur tue beaucoup de monde, et fait un grand butin. Après ce succès elle revient au camp.
La nuit suivante, Fabius détache encore sa cavalerie toute prête à combattre, afin de retarder la marche du gros des ennemis, jusqu'à ce qu'il l'atteignît lui-même. Pour se conformer à ses intentions, le préfet Q. Alius Varus, homme d'un courage et d'une prudence à l'épreuve, anime sa troupe, arrive à la vue des ennemis, poste bien une partie de ses escadrons et engage le combat avec le reste. La cavalerie ennemie tient ferme plus hardiment, soutenue par l'infanterie, qui toute entière fait halte et vient à son secours. L'action devient très vive. Nos gens, méprisant des ennemis battus la veille, trouvaient honteux de leur céder et, sachant de plus que les légions approchaient, ils brûlaient de terminer promptement le combat par eux-mêmes, et chargeaient intrépidement l'infanterie : l'ennemi, ne croyant pas qu'il arrivât plus de forces qu'il n'en avait vu la veille, pensait avoir trouvé l'occasion d'exterminer notre cavalerie.
Quand on se fut battu quelque temps avec acharnement, Dumnacus mit le reste de ses troupes en bataille, afin qu'à leur tour elles soutinssent sa cavalerie : alors apparaissent soudain à l'ennemi les légions en ordre très serré, A cet aspect les Barbares, infanterie et cava-