LIVRE VIII
lerie, sont frappés de terreur : ils mettent le désordre dans la colonne des bagages et fuient çà et là, tous à la débandade, en poussant des hurlements. Animés par l'orgueil dt la victoire, nos gens, qui venaient de se battre avec courage, tandis qu'on leur tenait tête, jettent un cri général, se répandent autour des fuyards et ne cessent de tuer, tant que leurs chevaux ont de la force pour courir et leurs bras de la vigueur pour frapper. Ainsi l'on prit une grande partie des bagages et l'on tua plus de douze mille Barbares, soit armés, soit à qui la peur avait fait jeter leurs armes.
Quand la Gaule se souleva, le sénonais Drapés s'entourant de bannis, promettant aux esclaves la Hberté, ramassant de tous côtés des scélérats et recueillant les brigands de tous les pays, avait enlevé des bagages et des convois aux Romains. Comme il était certain qu'avec deux mille hommes au plus rassemblés dans la déroute, il se dirigeait vers la Province, de concert avec le cadurce Luctérius, qui, comme on l'a vu dans le livre précédent, avait voulu y faire une incursion, au commencement de la révolte de la Gaule, le lieutenant Caninius se mit à leur poursuite avec deux légions afin de prévenir l'effroi, le dégât même, que pourrait causer le brigandage de ces scélérats, à la honte de l'armée romaine.
G. Fabius, avec le reste de l'armée, se porta chez les Carnutes et dans les autres cités dont il savait que les troupes s'étaient trouvées à son affaire avec Dumnacus : car il ne doutait pas que cet échec récent ne les rendît
plus traitables, mais que, si on leur donnait du temps, les sollicitations du même chef ne parvinssent encore à les soulever. Fabius recouvra ces cités avec autant de bonheur que de promptitude. En effet, les Garantes qui, quoique souvent châtiés, n'avaient jamais parlé de paix, vinrent à soumission et donnèrent des otages; et les cités nommées armoricaines, qui sont à l'extrémité de la Gaule, sur les bords de l'Océan, firent aussitôt ce qu'on exigea, déterminées par l'exemple des Carnutes et par l'approche de Fabius et de ses légions. Dumnacus, chassé de son pays, errant et se tenant caché, fut réduit à gagner, seul, les cantons les plus éloignés de la Gaule.
IV. Mais, sachant que Caninius s'avançait avec ses légions, Drapés et Luctérius jugèrent que, poursuivis par une armée, ils ne pouvaient entrer dans la Province, sans s'exposer à une perte certaine, et n'ayant plus, dès lors, la liberté d'étendre leurs courses, ils se retirèrent sur les terres des Cadurces. Gomme autrefois, avant ses malheurs, Luctérius avait beaucoup de pouvoir chez ses concitoyens ; comme, toujours le premier à remuer, il avait acquis sur ces Barbares une grande influence, on le reçut avec ses troupes et celles de Drapés dans Uxellodunum, ville singulièrement forte d'assiette, dont les habitants, ses anciens clients, se joignirent à lui. Caninius y accourant aussitôt, reconnut que, de tous côtés, la place avait pour défense des rocs très escarpés qu'auraient peine à grarir des hommes armés, ne fit-on aucune résistance : mais,