‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 149 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

comme il aperçut des bagages si considérables qu'en cherchant à les sauver, on ne pourrait échapper à la cavalerie ni même aux légions, il divisa ses cohortes et forma trois camps, sur trois points très élevés, entre lesquels il entreprit de tirer une circonvallation peu à peu, suivant que le lui permettraient ses forces.

A la vue de ces travaux, ceux de la ville, se rappelant le sort sinistre d'Alésia, craignent d'éprouver un blocus et un destin pareils : Luctérius surtout, qui en avait couru les hasards, les avertit de penser aux vivres. Il fut donc unanimement résolu qu'une partie des troupes resterait avec le bagage, et que, suivis du reste, les chefs iraient chercher du blé. La chose ainsi convenue, Drapés et Luctérius sortent la nuit suivante de la ville, y laissant deux mille hommes : au bout de quelques jours, ils ont ramassé beaucoup de blé sur [es terres des Cadurces, dont les uns avaient la volonté de leur en fournir, les autres ne pouvaient les empêcher d'en prendre. Plusieurs fois ils tentèrent, de nuit, des coups de main sur nos redoutes ; ce qui détermina Caninius à suspendre le travail de la circonvallation, de crainte de ne pouvoir la garnir, quand elle serait achevée, ou de n'avoir que des postes trop faibles en plusieurs endroits.

Ayant rassemblé beaucoup de blé, Drapés et Luctérius, pour le faire entrer peu à peu dans la ville, en campent à dix milles au plus et se partagent les fonctions du commandement. Drapés, avec une partie des troupes, reste à la garde du camp : Luctérius dirige

le convoi vers la place. Il dispose ses postes et, vers la dixième heure de la nuit, il commence à faire passer du blé dans la ville, par des sentiers étroits et couverts de bois. Les sentinelles du camp entendent du bruit ; on envoie à la découverte et l'on apprend ce qui se passe. Caninius fait armer promptement les cohortes des redoutes voisines et tombe, à la pointe du jour, sur les voituriers, qui, dans l'effroi de l'attaque imprévue, s'enfuient vers leur escorte. Plus animés contre des gens armés, nos soldats, dès qu'ils les aperçoivent, fondent sur eux et ne font pas un seul prisonnier. Luctérius s'échappa avec quelques hommes et ne rentra pas au camp.

Caninius, après ce succès, apprit que Drapés campait à dix milles au plus, avec l'autre partie des troupes. Plusieurs prisonniers s'accordant là-dessus, il sentit qu'ayant défait un des généraux, il lui serait aisé d'écraser les restes d'une armée consternée, et regarda comme très heureux qu'il ne se fût échappé personne du carnage, pour en porter la nouvelle à Drapés. Gomme au reste il ne voyait nul risque à faire une tentative, il envoie en avant du côté de l'ennemi, toute sa cavalerie, avec l'infanterie prodigieusement agile des Germains, laisse une légion à la garde des trois camps et marche avec l'autre, qui n'avait que ses armes. Comme il approchait de l'ennemi, ses coureurs vinrent lui dire que les Barbares, ayant, suivant leur coutume, négligé les hauteurs, étaient campés dans un fond sur le bord d'une rivière ; que, n'étant

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