LIVRE VIII
pas sur leurs gardes, ils avaient été chargés par les Germains et par la cavalerie, et qu'on en était aux mains. Sur cet avis, Caninius fait avancer la légion en bataille : on donne partout le signal et l'on s'empare des hauteurs. Découvrant alors les enseignes de la légion, la cavalerie et les Germains font les plus grands efforts ; en même temps les cohortes chargent de tous côtés. Tout est ou tué ou pris; on fait un grand butin, et Drapés lui-même reste prisonnier.
Après un succès si heureux, qui coûtait à peine quelques blessures, Caninius revient continuer le siège. Ayant détruit les ennemis du dehors, dont la crainte l'empêchait de multiplier ses postes et d'achever la circonvallation, il fait pousser de tous côtés les travaux. Fabius le joint le lendemain avec ses troupes et se charge d'une partie de l'ouvrage.
Cependant, laissant chez les Bellovaques le questeur M. Antonius avec quinze cohortes, pour ôter aux Belges tout moyen de remuer de nouveau, César parcourt lui-même les autres cités dont il exige un plus grand nombre d'otages. Trouvant tous les esprits alarmés, il les rassure et les tranquillise. Arrivé chez les Carnutes, qui, comme on l'a dit au livre précédent, avaient commencé la guerre, il vit que le sentiment de ce délit leur inspirait de vives craintes : voulant les en délivrer au plus tôt, il demanda, pour l'envoyer au supplice, Gutruatus*, l'auteur de cet attentat et le
1. Ce nom ne se trouvant nulle part dans les livres précédents, il est probable que le texte est corrompu, et qu'il fau'.
promoteur de la guerre. Quoique cet homme ne se fiât pas même à ses concitoyens, cependant, comme tout le monde y mit ses soins, il fut bientôt saisi et conduit au camp. César, contre son caractère, fut obligé de le livrer au supplice, à la demande des soldats attroupés, qui rejetaient sur cet homme tous les périls et toutes les pertes de la guerre : il mourut sous les verges et on lui coupa la tête.
César reçut là plusieurs dépêches de Caninius, qui l'informait de ses succès contre Drapés et Luctérius, et de la résolution ou persistaient les assiégés. Quoiqu'il méprisât cette poignée d'hommes, César jugea cependant que leur obstination méritait un châtiment sévère, afin que la Gaule entière ne vînt pas à croire que c'était la persévérance et non la force qui lui avait manqué pour résister aux Romains; et que d'autres cités, se fiant sur des avantages de position, ne songeassent pas à recouvrer de même leur liberté. Car, et il ne l'ignorait pas, tous les Gaulois savaient que son commandement ne devait plus durer qu'un été: si donc ils pouvaient résister jusqu'alors, ils n'auraient ensuite rien à craindre. Ainsi chargeant le lieutenant Q. Kalenus de le suivre à marches réglées avec deux légions, il part lui-même en toute diligence avec la cavalerie, pour joindre Caninius.
Arrivé devant Uxellodunum, contre l'attente générale,
lire Cotuatus, qui est cité, au commencement du Livro Vil, comme un des deux chefs Carnutes qui égorgèrent les Romains à Génaljum.