LIVRE VIII
il vit que la circonvallatiôn était achevée et qu'en aucune manière on ne pouvait abandonner le siège : ayant, d'une autre part, appris par les déserteurs que les assiégés avaient du blé en abondance, il essaya d'abord de leur ôter l'eau. La montagne escarpée en tout sens, sur laquelle se trouvait la ville, était entourée presque en entier par une rivière, qui coulait au fond du vallon, et la nature des lieux empêchait de la détourner. Car tel était son lit au pied de la montagne, qu'on ne pouvait, en creusant des fossés, lui donner aucune autre direction. Mais, du côté des ennemis, l'accès en était si raide et si malaisé que, si l'on s'y opposait, ils ne pourraient ni descendre ni remonter par cette pente rapide, sans risquer d'être blessés ou même tués. En conséquence, César place des postes d'archers ou de frondeurs, établit même des machines en face des sentiers les moins rudes et prive les assiégés de l'eau de la rivière. Dès lors, pour en puiser, la ville n'eut plus qu'un endroit unique.
C'était une grande fontaine qui jaillissait au pied même du mur, dans la partie de la ville où la rivière, qui l'entourait d'ailleurs, laissait un isthme d'environ trois cents pieds de large. Tout le monde désirait que l'on put ôter cette ressource aux assiégés ; César seul le jugea faisable : il fit pousser des manteletsvers cette partie de la montagne, et l'on commença une terrasse, mais avec des peines infinies, toujours l'épée à la main. Car les assiégés, nous attaquant de la hauteur, combattaient de loin sans s'exposer et blessaient beau-
coup de monde : néanmoins le soldat s'obstinait à pousser les mantelets et à vaincre les obstacles locaux à force de travail. On dirigeait en même temps, vers la source de la fontaine, une mine masquée par des mantelets, genre de travail qui pouvait se faire sans danger et sans que l'ennemi s'en méOàt. On éleva une terrasse de soixante pieds de haut, et l'on y plaça une tour de dix étages. Elle n'était pas au niveau des murs; la chose était impossible : mais elle dominait le sol de la fontaine, jusqu'aux avenues de laquelle portaient les traits des machines; et, les assiégés ne pouvant plus sans péril y puiser de l'eau, le bétail, les bêtes de somme et même la plupart des hommes mouraient de soif.
Alarmés d'une chose aussi fâcheuse, les assiégés remplissent des tonneaux de bardeau, desuif et de poix, et les roulent tout enflammés contre nos ouvrages: ils font en même temps une sortie très vigoureuse, afln que le danger du combat nous empêche d'éteindre l'incendie. Un grand feu se développe tout à coup au milieu des ouvrages; car tout ce qu'on lâchait des hauteurs, arrêté par la terrasse et les mantelets, embrasait l'obstacle même. De notre côté, quoique le désavantage de la position rendît ce genre de combat doublement périlleux pour le soldat, il faisait face à tout, avec un courage à l'épreuve. Car l'action se passait sur ujie éminence, à la vue de l'armée ; de part et d'autre, on poussait de grands cris : ainsi, pour que sa bravoure fût bien connue et bien prouvée, chacun