‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 152 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

s'offrait les plus ostensiblement possible aux traits, au feu des ennemis. Voyant beaucoup de ses soldats blessés, César ordonne aux cohortes de gravir de tous côtés la montagne, en jetant de grands cris, comme si l'on ' allait à l'assaut : cela fut exécuté. Ceux de la ville, alarmés et ne sachant ce qui se passe ailleurs, rappellent leurs troupes de l'attaque des ouvrages, pour garnir le rempart. Ainsi finit le combat; nos soldats éteignirent en partie le feu et le coupèrent en partis.

Les assiégés persistaient pourtant à se défendre : une grande partie était morte de soif; le reste, s'obstinait dans sa résolution. Enfin, les mineurs coupèrent les canaux de la fontaine et la détournèrent. Le dessèchement subit de cette source intarissable porta le désespoir des assiégés au point qu'ils y virent non l'ouvrage des hommes, mais la volonté des Dieux. La nécessité les força donc de se rendre.

Sachant que sa douceur était généralement connue, César ne craignit point que l'on attribuât sa rigueur à la cruauté de son caractère : et, comme il ne voyait point de fin à la guerre, si plusieurs cités, en diverses contrées, essayaient de se révolter de même, il crut qu'il fallait un exemple pour intimider les autres. Il fit donc couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes et les renvoya comme témoins vivants de la façon dont il punissait les brigands. On a vu que Caninius avait pris Drapés : soit indignation et chagrin d'être dans les fers, soit crainte d'un châtiment plus

sévère, il s'abstint quelques jours de nourriture et mourut ainsi. J'ai dit que Luctérius s'était sauvé du carnage : sentant dans le cœur combien César devait être son ennemi, sans cesse il changeait de retraite, parce qu'il trouvait dangereux de séjourner dans le même lieu, et se mettait dès lors à la discrétion de beaucoup de monde : il tomba, vers le même temps, dans les mains de l'arverne Épasnactus, grandamides Romains, qui, sans hésiter, le chargea de chaînes et le conduisit à César.

Cependant Labiénus battit dans un combat de cavalerie les Tréviriens qui perdirent beaucoup de monde, ainsi que les Germains, qui ne refusaient jamais de troupes contre les Romains. Leurs chefs tombèrent vivants entre nos mains, et avec eux Surus, éduen très distingué par sa naissance et sa valeur, le seul de sa cité qui n'eût pas encore mis bas les armes.

V. Sur cette nouvelle. César, voyant que tout lui avait réussi par toute la Gaule, et la jugeant déûnitivement assujettie par ses précédentes victoires, voulut visiter l'Aquitaine qu'il n'avait pas vue, mais dont P. Crassus lui avait soumis quelques nations. Il partit donc avec deux légions pour y passer la fin de l'été, ce qu'il exécuta avec autant de promptitude et de bonheur que le reste; car toute les cités lui envoyèrent des députés et lui donnèrent des otages. Ensuite il se rendit à Narbonne, sous une escorte de cavalerie, ayant chargé ses lieutenants de mettre l'armée en quartiers d'hiver. Il établit quatre

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