LIVRE VIII 3il
légions dans la Belgique, avec les lieutenants M. Antonius, C. Trébonius, P. Vatinius et Q. Tullius ; il en envoya deux chez les Éduens, dont il connaissait la prépondérance dans toute la Gaule; deux chez les Turons, sur la frontière des Carnutes, pour contenir tous les peuples qui touchent à l'Océan ; et les deux dernières chez les Lémovices, tout près des Arvernes, afin qu'aucune partie de la Gaule ne fût sans troupes.
Il ne passa que peu de jours dans la Province pour en visiter rapidement les assemblées, juger les différends qui concernaient le public et récompenser ceux qui l'avaient bien servi : car il avait un talent singulier pour connaître quels avaient été les sentiments des individus à l'égard de la République, lors du soulèvement de toute la Gaule, à laquelle il avait résisté, grâce aux fidèles secours de la Province. Il rejoignit ensuite les légions de Belgique et passa l'hiver à Némétocenna.
Il y apprit qu'il y avait eu une affaire entre notre cavalerie et Gomius l'atrébate. Car, en arrivant dans ses quartiers, M. Antonius trouva bien la cité des Atrébates fidèle à son devoir : mais, depuis qu'il avait été blessé, comme on l'a dit plus haut, Gomius se tenait sans cesse prêt à seconder tous les mouvements de ses concitoyens, qui, s'ils pensaientàla guerre, trouveraient aussitôt un instigateur et un chef. Les voyant soumis, il s'entretenait de brigandage, lui et sa cavalerie, infestant les chemins et souvent enlevant des convois que l'on conduisait à nos quartiers.
M. Antonius avait pour préfet de cavalerie G. Volusénus Quadratus, qui passait l'hiver près de lui; Antonius l'envoie à la poursuite de la cavalerie ennemie : or, à la valeur la plus distinguée, Volusénus joignait une grande aversion pour Comius : motif pour remplir sa commission avec plus de zèle. Il lui dresse donc des embuscades, l'attaque et le bat plusieurs fois. L'action fut plus vive dans la dernière rencontre ; Volusénius, brûlant de prendre Comius lui-même, s'opiniâtre à le poursuivre avec quelques cavaliers : Comius, qui fuit rapidement, attire fort loin Volusénus et tout à coup, invoquant le secours de ses fidèles compagnons, « Qui ne voudront pas, s'écrie-t-il, laisser sans vengeance les blessures qu'il reçut de la perfidie » ; il fait volte-face et, devançant les autres, s'abandonne tète baissée sur le préfet. Tous ses cavaliers l'imitent, font tourner le dos à notre poignée d'hommes et la poursuivent. Comius, pousse son cheval à toute bride, joint Quadratus et lui traverse le milieu de la cuisse, d'un violent coup de sa lance. Nos gens, voyant leur commandant blessé, n'hésitent pas à faire volte-face; ils repoussent les Barbares par une charge vigoureuse et leur blessent beaucoup de monde : une partie des ennemis fut tuée en fuyant, une autre resta prisonnière. Leur chef dut son salut à la vitesse de son cheval, et l'on rapporta au camp le préfet assez grièvement blessé pour qu'on le crût en danger de mort.
Au reste, soit que la vengeance de Comius fût satisfaite, soit qu'il eût perdu la plus grande partie de son