LIVRE VIII
monde, il envoya des députés à M, Antonius : « Il s'engageait à vivre où on le lui prescrirait, a faire ce qu'on lui ordonnerait et donnait pour sûreté des otages; seulement, à raison de ses craintes, il demandait à ne paraître devant aucun Romain ». Antonius jugeant sa demande fondée sur une crainte légitime, la lui accorda et reçut ses otages.
Y[. Je sais que César a donné le journal de chaque année, et je n'ai pas cru devoir le faire parce que, l'année suivante, sous le consulat de L. Paulus et de C. Marcellus, il ne se passa lien d'important dans la Gaule. Pour que l'on sache cependant où étaient César et son armée, j'ai pris le parti de le dire en quelques mots, que ie joins à ce commentaire.
En passant l'hiver dans la Belgique, César avait unijuement en vue de maintenir le calme dans les cités, ;t de leur ôter toute idée et tout motif de reprendre les irmes : car il ne désirait rien moins que d'être, au noment de son départ, obligé d'entamer quelque pierre, qu'il laisserait derrière lui, quand il ramèneait son armée, et où toute la Giule entrerait voloniers, n'y voyant plus qu'un péril éloigné. Il traite donc es cités avec distinction, comble leurs chefs de préents, n'impose aucune nouvelle charge, et, faisant de obéissance le parti le plus avantageux, maintient aiséaent la paix dans la Gaule, fatiguée de tant de défaites.
Ensuite, contre sa coutume, il part à la fin de l'hi-
ver pour l'Italie, en toute diligence, afin de visiter les villes municipales et les colonies et de leur recommander son questeur, M. Antonius, qui briguait le sacerdoce. Car, outre qu'il s'employait volontiers pour cet intime ami, qu'il avait envoyé un peu en avant former sa demande, il voulait se montrer avec énergie contre la faction et le pouvoir de quelques hommes, qui prétendaient, en rejetant M. Antonius, ébranler le crédit de César, au moment où il quittait son commandement. Quoiqu'il eût appris sur le chemin d'Italie qu'Antonius était nommé augure, il crut néanmoins avoir de justes raisons pour visiter les villes municipales et les colonies : il voulait les remercier d'avoir servi son ami par l'affluence de leurs suffiages et leur recommander en même temps ses intérêts, pour les élections de l'année suivante : car ses adversaires se vantaient insolemment d'avoir fait créer consuls' L. Lentulus et G. Marcellus, qui devaient le dépouiller de ses honneurs et de tous ses pouvoirs, et d'avoir arraché le consulat à Servilius Galba, quoiqu'il fût plus en crédit et qu'il eût eu le plus de suffrages, parce que outre son amitié pour César, il lui était attaché par les rapports intimes, qu'ils avaient eus dans la Gaule.
César fut reçu dans toutes les villes municipales et dans toutes les colonies avec une effusion de cœur et des honneurs incroyables ; car on le voyait pour la pre-
i. Lentulus et Marcellus n'entrèrent en fonction que l'année suivante : mais ils étaient Consuls désignés.