‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 155 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

mière fois depuis le soulèvement de toute la Gaule. On n'oublia rien de ce qu'on peut imaginer pour parer les portes, les rues, tous les lieux, en un mot, où il devait passer; tous les habitants venaient avec leurs enfants, au-devant de lui. Partout on immolait des victimes ; et des tables, des lits dressés remplissaient les places et les temples, comme aurait pu l'exiger l'allégresse du triomphe le plus désiré; tant étaient grandes la bonne volonté des moins riches et la magnificence des plus Dpulents.

VII. Après avoir parcouru toute la Gaule cisalpine, César revint avec la plus grande promptitude à Némétolenna près de l'armée, et, donnant ordre à toutes les légions de se réunir sur la frontière des Tréviriens, il s'y rendit et passa la revue générale. Il établit commandant le la Gaule cisalpine, T. Labiénus, afin qu'il eût plus ie moyens de briguer le consulat, et ne fit, pendant .'été, de mouvements, que ce qu'il en fallait pour entretenir la santé du soldat, en changeant de campement. Quoiqu'il fût averti que quelques personnes trar^aillaient à le dépouiller d'une partie de son armée, en 'aisant intervenir le sénat, et qu'on lui répétât que ses ennemis intriguaient auprès de Labiénus; il ne crut 'ien au préjudice de cet officier et l'on ne put l'amener i rien faire contre l'autorité du sénat : car il pensait îue, si les opinions étaient libres, il gagnerait facilement sa cause devant les pères conscrits.

En effet, G. Curion, tribun du peuple, qui s'était ;hargé de défendre les intérêts et l'honneur de César,

avait proposé souvent, dans le sénat, « Qu'on désarmât et qu'on licenciât les troupes de part et d'autre ; car, si celles de César offusquaient certaines personnes, les forces de Pompée et son pouvoir n'étaient pas moins suspects au forum* : la ville se verrait ainsi libre et indépendante ». Non seulement Gurion l'avait proposé; le sénat avait commencé de lui-même à aller aux opinions, lorsque les consuls et les amis de Pompée s'opposèrent à ce qu'on délibérât, et sortirent, après avoir paré le coup.

C'était une preuve positive de la façon de penser du sénat en général, et bien conforme à un fait antérieur. Car, au mépris de la loi de Pompée et de Crassus, Marcellus, l'année précédente, avait attaqué César dans ses droits, en faisant prématurément un rapport au sénat sur les provinces de son commandement". Quand on eut traité la question, Marcellus, qui cherchait son élévation dans l'odieux qu'il verserait sur César, avait passé d'un côté, mais la majorité du sénat avait passé de l'autre ; ce qui ne découragea pas les ennemis de César, mais les avertit de former des liaisons plus étendues, afin de forcer le sénat à en passer par ce qu'ils auraient résolu.

D'après un arrêté que le sénat prit ensuite. Pompée

1. C'était l'endroit où se rassemblait le peuple, qui voyait dans Pompée le clief de l'Aristocratie, ou du parti des nobles, comme les nobles voyaient dans César celui de la Démocratie, ou du parti populaire.

2. Marcellus demandait de plus que César, vu qu'il était absent, ne pût être admis comme candidat pour le consulat.

Page 1