LIVRE I
bords du Rhin et tentaient de le passer ». Vivement affecté de ces nouvelles, César crut devoir se hâter; car, si ce nouvel essaim de Suèves se joignait aux anciennes troupes d'Arioviste, il serait difficile de lui tenir tête,
S'étant donc procuré des vivres en toute diligence, il se porte, à marches forcées, contre Arioviste. Le troisième jour, il apprend que celui-ci se dirige, avec toutes ses forces, sur Besançon, la plus grande ville des Séquanions, dont il veut s'emparer, et qu'il est en marche déjà depuis trois jours. César crut devoir ne rien négliger pour le prévenir. La ville était amplement fournie de tout ce qui sert pour la guerre, et si forte par son assiette qu'elle aurait donné beaucoup de facilité pour traîner la guerre en longueur : car le lit du Doubs, tracé comme au compas, l'entoure presque en entier et l'isthme qu'il laisse, et qui n'a pas plus de six cents pieds de largeur, est couvert d'un mont très élevé, dont le fleuve baigne des deux côtés la base : un mur, qui l'enferme, en fait une forteresse et le réunit à la ville. César s'y achemine à marches forcées, de jour et de nuit, s'empare de la ville, y met garnison et s'arrête quelques jours dans les environs, à raison des vivres et des convois.
VIIL Nos soldats cependant questionnent les Gaulois et les marchands, qui leur racontent : « Que les Germains sont d'une énorme stature, d'une valeur ncroyable, très aguerris et d'un aspect si farouche, :ju'ils n'avaient pas seulement pu soutenir le feu de
leurs regards, dans plusieurs combats qu'ils leur ayaient livrés ». Aussitôt l'armée est saisie d'une telle frayeur que toutes les tètes, tous les cœurs en sont vivement frappés. Elle saisit d'abord les tribuns des soldats, les préfets et les volontaires, qui avaient suivi César par amitié et qui connaissaient peu la guerre. Celui-ci demandait la permission de se retirer pour une raison ; celui-là, pour une autre qu'il jugeait impérieuse : plusieurs restaient par honneur et pour n'être pas soupçonnés de lâcheté: mais ils ne pouvaient ni composer leur visage, ni quelquefois retenir leurs larmes. Cachés dans leurs tentes, ils déploraient leur destinée, ou gémissaient, avec leurs amis, sur le péril . commun. Dans tout le camp, on ne faisait que sceller 1 des testaments. Ces propos, cette terreur, firent effet aussi peu à peu sur les soldats, les centurions, les . officiers de cavalerie les plus aguerris. Ceux qui vou-fl laient passer pour plus braves, « ne redoutaient pas, disaient-ils, les Germains ; mais ils craignaient les défilés, l'étendue des forêts qui les séparaient d'Arioviste, la difficulté du transport des vivres ». Plusieurs^ prévenaient même César, que lorsqu'il ordonnerait de lever le camp et de porter en avant les enseignes, la terreur empêcherait les soldats d'obéir.
César, instruit de tout, assemble le conseil, où il appelle tous les centurions* et leur adresse de vifs
1. Il n'y avait que trois centurions par légion, le premier des Triaires, le premier des Princes et le premier des Hastates, qui eussent le droit d'assister régulièrement au conseil.