‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 25 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

d'autre on eut beaucoup de blessés. Arioviste ramena ses troupes dans son camp au coucher du soleil. Cégar ayant demandé aux prisonniers pourquoi leur roi n'acceptait pas la bataille? Il apprit « Que, dans les mœurs des Germains, il fallait que les matrones décidassent, d'après les sorts et les présages, s'il était à propos ou non de livrer bataille : or, elles disaient : Que les Germains ne pouvaient être vainqueurs s'ils combattaient avant la nouvelle lune ».

XI. Le lendemain, laissant dans les deux camps la garde qu'il jugea suffisante, César mit tous ses auxiliaires en bataille, à la vue de l'ennemi, en avant du petit camp ; la disproportion de nombre entre ses légionnaires et les Germains, l'engageait à faire parade de ses troupes. Il marche lui-même au camp des ennemis, avec son armée en trois divisions. Forcés enfin alors à sortir de leur camp, tous, Harudes, Marcomans, Suèves, Tribocces, Vangions, Némètes, Sédusiens, ilsse rangent par nations à d'égales distances et, pour s'ôter tout espoir de fuir, ils s'entourent entièrement par derrière de leurs voitures : sur les chariots sont placées leurs femmes, qui, échevelées et tout en pleurs, conjurent les guerriers marchant au combat de ne pas les livrer pour esclaves aux Romains. César donne une légion à son questeur et met à la tête de chacune des autres un lieutenant, pour être témoin de la bravoure individuelle: lui-même il engage le combat a\ec son aile droite, ayant observé que la gauche de l'ennemi était son côté faible.

Au signal qui se donne, nos troupes fondent si vivement sur les Germains, et ceux-ci s'avancent si brusquement et si rapidement qu'on n'apasletempsdelancer le javelot: on l'abandonne donc et l'onsebatde près avec l'épée. Mais les Germains s'étant prompteracnt formés en phalange, suivant leur coutume, opposent leurs boucliers aux épées. On vit plusieurs de nos soldats s'élancer sur cette masse, saisir les boucliers, les arracher aux ennemis, ou les blesser par-dessus. Tandis que l'on rompait et que l'on mettait en fuite la gauche d'Arioviste, sa droite nous pressait vivement à raison de son nombre. Le jeune Crassus, qui commandait la cavalerie, s'en aperçut et se trouvant plus libre que les officiers engagés dans la mêlée, il envoya la troisième division au secours de celle qui était malmenée.

Alors le combat se rétablit. Toute l'armée ennemie tourna le dos et s'enfuit, sans s'arrêter, j-usqu'au Rhin, éloigné d'environ cinquante milles. Quelques hommes, se fiant à leur vigueur, se hasardèrent à le passer à la nage, ou durent leur salut à des bateaux qu'ils rencontrèrent : de ce nombre fut Arioviste ; il se sauva dans une nacelle qui se trouvait attachée au rivage. Notre cavalerie tomba sur le reste et l'extermina. Arioviste avait deux femmes, l'une Suève de nation, venue de la Germanie avec lui; l'autre Noricienne, qu'il avait épousée dans la Gaule, où le roi Vocion, son frère, la lui avait envoyée : toutes deux périrent dans la déroute avec une de ses filles: une autre fille y fut prise.

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