‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 42 sur 164 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

où l'on se trouvait si inopinément, l'aspect de la multitude armée qui couvrait déjà presque toutes les hauteurs, l'impossibilité de recevoir des secours et des vivres, les routes étant interceptées, tout avait inspiré une sorte de désespoir, en sorte que, dans le conseil, il y eut des avis, pour abandonner le bagage et chercher à se sauver, en faisant une sortie et en reprenant le chemin par où l'on était venu. La majorité décida cependant de ne prendre ce parti qu'à l'extrémité, de courir d'abord la chance de l'événement et de défendre le camp.

A peine avait-on eu le temps de prendre les mesures et de faire les dispositions résolues, que les ennemis, à un signal, fondent de toutes parts et lancent dans les retranchements des pierres et leurs pesantes javelines ^ D'abord nos soldats tous frais résistent avec vigueur : il n'est pas un trait lancé de haut en bas qui ne porte : si quelque point du rempart se trouve dégarni et menacé, on accourt le défendre. Mais un désavantage, c'était que l'ennemi remplaçait par des hommes frais ceux qui se retiraient épuisés par la durée du combat : nous ne pouvions faire de même, à cause de notre petit nombre , et, loin qu'on pût s'éloigner pour lassitude, les blessés n'avaient pas même la faculté de quitter leur poste et de se mettre à l'abri.

i. Le latin porte gssa, c'était une arme de jet très pesante qui donna son nom aux Gésates, espèce de milice mercenaire, qui, dit-on, habitait sur les bords du Rhône.

L'affaire avait déjà duré plus de six heures sans relâche : les forces et même les javelots nous manquaient et l'ennemi redoublait d'ardeur. Voyant nos troupes mollir, il commençait à combler les fossés, il entamait le rempart, enfin l'on était réduit à la dernière extrémité, quand le primipile G. Sexius Baculus, qui avait été, comme on sait, criblé de coups dans l'affaire avec les Nerviens, et C. Volusénus, tribun des soldats, homme de tête et de cœur, vont trouver Galba et lui déclarent : a Qu'il n'y a plus qu'un moyen de salut, et que la dernière ressource est de tenter une sortie », Il assemble donc les centurions et fait prévenir les soldats, « De suspendre un instant le combat, de reprendre haleine, en se bornant à parer les traits des ennemis, et de s'élancer du camp au premier signal, pour trouver dans leur courage l'unique moyen de salut ».

Ils obéissent et, tout à coup, ils fondent par toutes les portes sur les Gaulois sans leur donner le temps ni de voir de quoi il s'agit, ni de se reconnaître. La fortune change ; on enveloppe, on taille en pièces ceux qui prétendaient s'emparer du camp. On était certain d'avoir eu au moins trente mille Barbares en tête ; il en fut tué plus d'un tiers : le reste prit la fuite, frappé d'épouvante, sans qu'on lui permit de se rallier, même sur les hauteurs. Ayant mis ainsi tous les ennemis en déroute et dépouillé les morts de leurs armes, nos troupes rentrent dans les retranchements.

Après ce combat, Galba ne voulut pas tenter une

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