‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 43 sur 164 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

seconde fois la fortune : voyant qu'étant venu dans ce pays pour une chose, il en avait rencontré une autre, déterminé surtout par le manque de blé et d'autres vivres, il met le feu le lendemain à toutes les maisons du bourg, reprend le chemin de la Province et, sans qu'aucun ennemi l'arrête ou retarde sa marche, il ramène sa légion saine et sauve chez les Nantuates et de là chez les AUobroges, où elle hiverna.

II. Ayant tout lieu de croire la Gaule tranquille par l'expulsion des Germains, par la défaite des Belges et par la déroute des Séduniens dans les Alpes, César, au commencement de l'hiver, était parti pour l'Illyrie, voulant aussi visiter ces peuples et connaître le pays, lorsqu'il s'éleva tout à coup, dans la Gaule, une guerre dont voici l'occasion. Le jeune G. Grassus hivernait avec la septième légion chez les Andes, tout près de l'Océan : le blé manquant dans ce canton, il envoya plusieurs préfets ou tribuns demander des vivres aux cités voisines. T. Terrasidius fut, entre autres, député chez les Unelles, M. Trébius chez les Curiosolites et Q. Vélanius avec T. Silius chez les Vénètes.

Ge peuple est, sans contredit, le plus puissant de toute cette côte: car, avec plus de théorie et de pratique de la navigation que les autres, il a beaucoup de vaisseaux qui trafiquent habituellement dans la Bretagne et, maître du petit nombre de ports semés le long de cette mer ouverte et très orageuse, il a pour tributaires tous ceux qui la fréquentent. Ge fut lui qui arrêta d'abord Silius et Vélanius, espérant recouvrer ainsi les otages

qu'il avait donnés à Crassus. Comme les résolutions des Gaulois sont brusques et subites, ses voisins, entraînés par son exemple, arrêtent par le même motif Trébius et Terrasidius et, s'envoyant promptemeqt des députés, ils s'engagent entre eux par l'organe de leurs chefs, «t A n'agir que de concert et à courir en commun les chances de l'événement ». Ils pressent les autres cités de préférer à l'esclavage des Romains la liberté qu'ils ont reçue de leurs aïeux et, toute la côte ayant bientôt adopté ce sentiment, on députe vers Crassus pour lui déclarer « Que, s'il veut recouvrer ses

officiers, il doit rendre les otages t.

Trop éloigné, quand Crassus lui transmit ces détails, César ordonne, en attendant, de construire des galères sur la Loire qui se jette dans l'Océan, de lever des rameurs dans la Province et de s'assurer de matelots et de pilotes; ce qui s'exécuta promptement. Dès que la saison le permit, il se rendit à l'armée. Sentant quel forfait ils avaient commis, en arrêtant et jetant dans les fers des ambassadeurs, dont le caractère fut toujours inviolable et sacré chez toutes les nations, les Vénètes et leurs alliés, à la nouvelle de l'arrivée de César, se préparent à la guerre, en raison de la grandeur du péril, et s'occupent surtout de pourvoir à l'équipement d'une flotte, avec d'autant plus d'espoir que la localité les rassurait beaucoup. Ils savaient que les chemins par terre étaient entrecoupés de grèves, que la navigation nous serait difficile dans ces parages inconnus, où les ports étaient rares, et se persuadaient que le manque de

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