‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 44 sur 164 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

blé empêcherait notre armée de séjourner longtemps chez eux. Enfin si tout allait contre leur attente, ils se voyaient du moins très puissants sur mer: or les Romains n'avaient pas de vaisseaux ; ils ne connaissaient ni les sondes, ni les ports, ni les îles de la côte où ils feraient la guerre, et il était bien différent de naviguer dans une mer renfermée, ou sur un Océan tout ouvert et sans bornes. Leur parti pris, ils fortifient les villes, y transportent le blé des campagnes et, rassemblant tout ce qu'ils peuvent de vaisseaux dans la Vénétie, que César à coup sur attaquerait d'abord, ils mettent dans leur parti les Ossismiens, les Lexobiens, les Nannètes, les Ambiliates, les Morins, les Diablintes, les Ménapiens, et tirent des secours de la Bretagne qu'ils ont en face.

III. On a fait voir plus haut les difficultés qu'offrait cette guerre, cependant plusieurs motifs y excitaient César : la détention outrageante de chevaliers romains, la rébellion de cités qui s'étaient soumises, leur soulèvement après avoir donné des otages, la coalition de tant de cités et la crainte surtout que, si l'on tolérait cette insulte, les autres peuples ne se crussent permis d'en faire autant. Sachant donc que presque tous les Gaulois désiraient un changement, qu'on les fait courir aux armes avec autant de légèreté que de précipitation, et que tous les hommes, naturellement épris de la liberté, détestent l'état de servitude, il crut devoir diviser son armée et l'étendre davantag-e, avant que d'autres cités se liguassent.

Il envoie, en conséquence, le lieutenant T. Labiénus, avec de la cavalerie, chez les Tréviriens, qui avoisinent le Rhin, lui ordonnant de visiter et de maintenir dans le devoir les Rémois et les autres Belges et de défendre le passage du Rhin, si les Germains, dont les Belges avaient, disait-on, réclamé le secours, voulaient, malgré lui, le franchir en bateaux. Il fait partir P, Crassus avec douze cohortes légionnaires et beaucoup de cavalerie pour l'Aquitaine, afin que les Gaulois n'en tirassent pas de secours et que des peuples aussi puissants ne vinssent pas à se réunir. Il détache son lieutenant Q. Titurius avec trois légions pour tenir en échec les Unelles, les Curiosolites et les Lexobiens et donne au jeune D. Brutus* le commandement de la flotte et des navires rassemblés chez les Pictons, les Santons et les autres peuples amis, avec ordre de partir au plus tôt pour la Vénétie, où il s'achemine lui-même avec son armée.

Les villes bâties, en général, à l'extrémité de quelque langue de terre ou promontoire, y sont situées de manière qu'on ne peut en approcher, ni par terre à marée haute, or elle l'est régulièrement deux fois en vingtquatre heures, ni sur des vaisseaux qui échouent quand la mer se retire. Ces deux choses nous nuisaient donc pour les sièges et si, vaincue quelquefois à force de travaux, la mer était arrêtée par nos digues, lorsque la terrasse était au niveau du rempart, l'ennemi, n'espé-

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