‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 45 sur 164 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

rant plus se maintenir, faisait à son aise aborder un grand nombre de vaisseaux, s'embarquait avec tous ses effets et se retirait dans la ville voisine, oîi il recommençait à se défendre, à la faveur des mêmes localités. C'est ce qu'il fit pendant une grande partie de l'été, d'autant plus facilement que les gros temps retenaient notre flotte et qu'il était très périlleux de naviguer sur cette mer vaste et sans abri, avec ses grandes marées et peu ou presque point de ports.

Voici quels étaient la construction et le gréement des vaisseaux ennemis. Ils avaient la carène un peu plus plate que les nôtres, pour moins souffrir sur les bas-fonds et à marée basse; la proue, très élevée, était, comme la poupe, adaptée à la violence des vents. Ils étaient en entier de chêne, afin de résister à quelque secousse, à quelque choc que ce fût, et leurs baux d'un pied de diamètre*, étaient attachés avec des chevilles de fer grosses comme le pouce; leurs ancres avaient, au lieu de câbles, des chaînes de fer, et leurs voiles étaient de peaux minces passées en mégie, soit à défaut de lin, soit qu'ils en ignorassent l'usage, soit, ce qui est le plus probable, qu'ils jugeassent que des voiles ordinaires ne pourraient faire aisément mouvoir des navires aussi pesants ni soutenir les orages et les coups de vent de l'Océan. Nos vaisseaux, dans un engagement, n'avaient qu'un avantage, l'action des rames et la légèreté ; les leurs, dans tout le reste, étaient plus propres,

1. Ce sont les poutres qui tiennent écartées les courbes d'un vaisseau.

mieux adaptés à la nature des lieux et à la grosse mer : car ils étaient si hauts de Lord qu'on avait peine à y lancer un javelot, et si solides que l'éperon* des nôtres ne pouvait leur nuire : par la même raison, ils risquaient moins à s'engager entre les écueils. Ajoutons que, le vent devenant violent, s'ils s'y abandonnaient, ils souffriraient moins de la tourmente, qu'ils étaient moins en danger sur les bas-fonds et que, la mer se retirant, ils ne craignaient ni les brisants, ni les rochers ; or, nous avions à redouter tous ces accidents. César s'était emparé- de plusieurs villes : mais, voyant qu'il prenait tant de peine en vain et qu'en se rendant maître d'une place, on ne pouvait nuire à l'ennemi ni l'empêcher de fuir, il résolut d'attendre la flotte. Dès qu'elle parut et que l'ennemi la découvrit, environ deux cent vingt de ses vaisseaux bien équipés et munis de toute espèce d'armes, sortirent du port et se présentèrent devant elle. Ni Brutus,qui en était amiral, ni les tribuns des soldats et les centurions, qui commandaient chaque navire, ne savaient trop que faire et quel plan adopter pour le combat; car ils n'ignoraient pas que leurs éperons ne pouvaient faire de mal, et leurs tours étant encore dominées par les poupes des Barbares, ils ne pouvaient lancer leurs traits avec

1. Avant l'invention de la poudre à canon, il n'y avait que deux manières de combattre sur mer : ou l'on abordait le vaisseau ennemi, ou l'on essayait de le couler bas en le heurtant en flanc avec un éperon ou bec d'airain, 7'ostrum, adapté à la proue des bâtiments de guerre seulement.

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