‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 47 sur 164 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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que ses soldats mêmes ne l'épargnaient pas dans leurs propos : telle fut enfin l'idée qu'il donna de sa timidité, que les Gaulois osaient déjà s'avancer jusqu'à nos lignes. Il en agissait ainsi parce qu'il ne croyait pas que, éloigné de son général en chef, un lieutenant dût livrer bataille à un ennemi si nombreux sans avoir l'avantage du terrain, ou sans que l'occasion fût favorable.

Ayant bien établi l'opinion de sa peur, il choisit dans les auxiliaires un certain Gaulois adroit et rusé, qu'il engage, à force de présents et de promesses, à passer à l'ennemi : cet homme, bien instruit de ce qu'il doit faire, arrive chez les Gaulois comme déserteur. II les entretient aussitôt de la terreur des Romains et leur parle de la position critique de César pressé par les Vénètes : « Pas plus tard que la nuit suivante, Sabinus décampera sans bruit, pour aller à son secours >. Tous s'écrient, à cette nouvelle, « Qu'on ne doit pas manquer une si belle occasion, et qu'il faut, sur-le-champ, marcher sur le camp ». Plusieurs choses les portaient à cette résolution, la circonspection de Sabinus les jours précédents, le rapport du transfuge, le défaut de vivres dont ils avaient négligé de se pourvoir, l'espoir que leur donnait la guerre de Vénétie et le penchant général de l'homme à croire ce qu'il désire. Entraînés par ces motifs, ils ne laissèrent point sortir de l'assemblée Viridovix et les autres chefs qu'ils n'eussent consenti à ce que l'on prit les armes et que l'on marchât au camp. Aussi joyeux alors que si la victoire avait été

certaine, ils rassemblent des branches et des broussailles pour combler les fossés des Romains et marchent à leur camp.

Il occupait environ mille pas sur une éminence qui s'abaissait doucement vers la plaine. Voulant donner aux Romains le moins de temps possible pour se reconnaître et pour s'armer, les Barbares y courent à toutes jambes et arrivent hors d'haleine. Sabinus anime ses soldats impatients de combattre, donne le signal, et fait faire, par deux portes, une brusque sortie sur les ennemis, embarrassés de leurs fardeaux. L'avantage du lieu, l'ineptie et l'épuisement des Gaulois, la valeur de nos troupes, leur expérience acquise dans les combats précédents, tout cela fit que les ennemis ne soutinrent pas même le premier choc et que d'abord ils tournèrent le dos. Embarrassés comme ils étaient, nos soldats, tout frais, les atteignirent et en tuèrent un grand nombre; la cavalerie poursuivit le reste et il ne s'échappa que fort peu de fuyards.

En même temps que Sabinus reçut la nouvelle du combat naval, César apprit la victoire de Sabinus, auquel toutes les cités se rendirent aussitôt. Car, comme, par caractère, le Gaulois est ardent et prêt à courir aux armes, de même son âme est sans vigueur et sans fermeté pour se raidir contre le malheur.

V. Presque dans le même temps, P. Crassus arriva dans l'Aquitaine, qui, par sa population et son étendue, peut, comme on l'a dit, passer pour le tiers de la Gaule. Sachant qu'il allait faire la guerre dans un pays où.

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