‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 48 sur 164 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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peu d'années auparavant, le lieutenant L. Valérius Préconinus avait été tué, dans la déroute de son armée, et d'où s'était enfui le proconsul L. Manilius, avec perte de ses bagages, il sentait qu'il ne devait pas être médiocrement sur ses gardes. 11 se pourvut donc de vivres, rassembla des auxiliaires et de la cavalerie, y joignit en outre beaucoup de braves qu'il manda nominativement de Toulouse, de Carcassonne et de Narbonne, villes frontières de notre Pro\'ince, et fît entrer l'armée sur les terres des Sotiates.

Les ennemis s'étant réunis en force, à la nouvelle de son approche, attaquèrent nos troupes dans leur marche, d'abord avec leur nombreuse cavalerie : la nôtre la repoussa et la poursuivait, quant tout à coup leur infanterie, postée en embuscade dans un vallon, se fit voir, chargea nos gens dispersés et rétablit le combat : il fut long et opiniâtre. Animés par leurs anciens succès, les Sotiates croyaient que de leur valeur dépendait le salut de toute l'Aquitaine, et nos troupes voulaient montrer ce qu'elles pouvaient faire, loin du général et des autres légions, sous un chef encore dans l'adolescence. Enfin cependant les ennemis, couverts de blessures, tournèrent le dos ; on en fit un grand carnage. Crassus tenta d'enlever leur ville d'emblée ; mais trouvant une forte résistance, il eut recours aux manlelets et aux tours. L'ennemi se défendit, soit par des sorties, soit en minant sous les galeries et la terrasse, travail qu'entendent parfaitement les Aquitains, parce qu'ils ont beaucoup de mines de cuivre : mais,

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voyant que notre activité rendait leurs efforts inutiles, ils députèrent à Crassus pour demander d'être reçus à composition. Il y consentit, en leur ordonnant de livrer leurs armes ; ce qu'ils firent.

Tandis que toute notre attention était d'un côté, leur général, Adcantuannus avait réuni d'un autre six cents de ces aflidés qu'ils appellent Soldures *. Leur sort est de partager tous les agréments de la vie avec l'homme au service duquel ils se consacrent: s'il périt, ils périssent avec lui, ou se tuent eux-mêmes et, de temps immémorial, il ne s'en est pas trouvé un qui, voyant tomber celui à qui il s'était dévoué, pensât à lui survivre. Ce fut avec eux qu'Adcantuannus essaya de forcer un endroit de nos lignes; mais, au cri qui en partit, les troupes ayant couru aux armes, il fut rejeté dans la ville, après un rude combat. Crassus lui accorda cependant encore les mêmes conditions.

Ayant reçu les armes et les otages, Crassus partit pour le pays des Vocates et des Tarusates. Les Barbares, étonnés d'apprendre qu'en quelques jours de siège, il avait pris une ville forte par l'art et par son assiette, députent de tous côtés, se liguent, se donnent entre eux des otages, s'occupent de lever des troupes; ils envoient même vers les cités de l'Espagne citérieure, limitrophes de l'Aquitaine, et en tirent des secours et des officiers. A leur arrivée, ils se mettent en devoir de

1. De ce mot ou de sa racine sont probablement venus ceux de solde et de soldat.

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