‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 55 sur 164 · UVRE IV · texte numérisé non relu

UVRE IV

quand les députés revinrent, comme on en était convenu : trouvant l'armée en marche, ils demandèrent qu'elle ne passât pas outre, et, n'ayant pu l'obtenir, ils prièrent César « De faire défendre à sa cavalerie, qui était en avant, d'engager une action, et de leur donner le temps d'envoyer une ambassade aux Ubiens. Si le sénat et les chefs de cette cité leur juraient amitié, ils étaient prêts à en passer par ce que César réglerait ; il leur fallait pour cela trois jours s. César voyait bien qu'ils tendaient toujours au même but, à gagner un délai pendant lequel leur cavalerie détachée rejoindrait. 11 leur dit cependant « Qu'il ne ferait plus ce jour-là que quatre milles, pour être à portée de l'eau ; qu'ils vinssent le trouver le lendemain dans le plus grand nombre possible, afin qu'il statuât sur leur demande ». Là-dessus il envoya prévenir les préfets de la cavalerie, qui le précédait, de ne pas attaquer et, si on les attaquait, de tenir ferme, jusqu'à ce qu'il arrivât avec l'infanterie.

Mais dès que les Barbares aperçurent notre cavalerie, forte de cinq mille hommes, ils la chargèrent, quoiqu'ils n'eussent pas plus de huit cents chevaux, ce qui avait passé la Meuse n'étant pas encore de retour, et mirent bientôt en désordre un corps qui ne se méfiait de rien, parce que les envoyés germains ne venaient que de quitter César, après avoir obtenu ce jour de trêve. Les nôtres s'étant ralliés, les ennemis, suivant leur coutume, s'élancent à terre, éventrent les chevaux, renversent nombre de cavaHers, culbutent et pour-

suivent le reste qui, dans sa terreur, ne s'arrêta qu'à la vue du gros de l'armée. Nous perdîmes soixantequatorze hommes, entre autres Pison, aquitain fort brave et de haute naissance, dont le père, roi de sa cité, avait obtenu du sénat le titre d'ami : il eut son cheval blessé, en secourant son frère que les ennemis entouraient et qu'il dégagea : quoique démonté, il se battit tant qu'il put avec la dernière valeur; enfin il fut percé de coups. Son frère, déjà hors de la mêlée, le voyant de loin tomber au milieu des Barbares, poussa son cheval, se jeta dans les rangs et y fut tué.

Après ce combat, César ne crut plus devoir ni écouter les propositions, ni recevoir les envoyés de gens qui, après avoir demandé la paix, venaient, de gaîté de cœur, de commencer les hostilités par une trahison. D'attendre qu'ils se fussent renforcés et que leur cavalerie eût rejoint, c'est ce qu'il jugeait le comble de la démence. Connaissant le faible des Gaulois, et sentant combien cette seule affaire donnait à l'ennemi d'influence sur eux, il trouvait nécessaire de ne pas leur laisser le temps d'ourdir quelque trame. Comme il eut pris sa résolution et prévenu ses lieutenants et son questeur qu'il ne perdrait pas un instant pour livrer la bataille, le bonheur voulut que les Barbares, continuant d'user de dissimulation et de perfidie, vinssent, en grand nombre, le trouver dans son camp le lendemain matin, avec tous leurs chefs et leurs vieillards. « D'abord, disaientils, pour se justifier de l'attaque faite la veille, malgré ce dont on était convenu sur leur propre demande » :,

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