‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 56 sur 164 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ensuite pour surprendre une trêve, s'il était possible. César, charmé qu'ils vinssent se livrer, ordonna de les arrêter : il fit alors sortir les troupes de son camp, mettant à l'arrière-garde la cavalerie, qu'il ne croyait pas encore bien remise de sa terreur si récente.

Ayant formé son armée sur trois lignes et fait rapidement huit milles, il arrive au camp des Germains, avant qu'ils puissent se douter de ce qui se passe. Surpris, intimidés de toute manière, et de la promptitude de notre marche, et de l'absence de leurs chefs, n'ayant le temps ni de tenir conseil, n'y même de s'armer, le trouble s'en empare : « Valait-il mieux sortir pu-devant de l'ennemi, que de défendre le camp, ou fallait-il chercher son salut dans la fuite»? Au milieu du tumulte et de l'agitation qui annonçaient la terreur de l'ennemi, nos soldats, animés par la perfidie de la veille, se jetèrent dans le camp. Ce qui put s'armer promptement fit quelque résistance et se battit parmi les bagages et les chariots ; mais les femmes et les enfants (car la nation entière avait passé le Rhin) s'enfuirent de tous côtés ; César mit sa cavalerie à leur poursuite.

Entendant derrière eux des cris et voyant égorger leurs parents, les Germains abandonnent armes et drapeaux et se jettent hors du camp. On en fit un grand carnage, au confluent du Rhin et de la Meuse, qui leur étaient tout moyen de fuir ; ce qui se précipita dans le fleuve y périt, succombant à l'épouvante, à l'épuisement et à la force du courant. Nos troupes revinrent au camp, sans perte d"un seul homme et n'ayant eu que

lie GUERRE DES GAULES

très peu de blessés dans une guerre si menaçante, où le nombre des ennemis était de quatre cent trente mille. César permit à ceux qu'il avait fait arrêter de se retirer ; mais, redoutant les tortures et la mort de la part des Gaulois, dont ils avaient ravagé les terres, ils demandèrent à rester près de lui, et il y consentit.

IV. Avant terminé cette guerre. César crut devoir passer le Rhin pour plusieurs raisons. La plus forte était que, voyant les Germains se déterminer si facilement à venir dans la Gaule, il voulait les faire, à leur tour, craindre pour leur pays, en leur montrant que notre armée pouvait et oserait aussi franchir le Rhin. Un autre motif fut que le corps de cavalerie Usipète, qui étant allé, comme on l'a dit, piller et chercher des vivres au delà de la Meuse, n'avait point pris part au combat, s'était, depuis, retiré chez les Sicambres, auxquels il s'était réuni. César ayant fait demander qu'on lui livrât des hommes qui avaient attaqué la Gaule et les Romains, on lui répondit : « Que l'empire des Romains finissait au Rhin ; s'il trouvait injuste que les Germains passassent dans la Gaule sans son aveu, pourquoi voulait-il étendre au delà du Rhin son pouvoir et son autorité » ? Enfin les Ubiens, qui, seuls d'au delà du Rhin, lui avaient envoyé des députés et donné des otages, en s'alliant avec lui, le priaient instamment « D'aller à leur secours, parce que les Suèves les pressaient vivement ; si le bien de la République ne le lui permettait pas, qu'il fit seulement voir son armée sur l'autre rive : cela suffirait pour les tirer d'embarras et pour les ras-

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