‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 57 sur 164 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

surer sur l'avenir. Telle était la réputation des armées romaines et l'idée qu'en avaient les nation^ même les plus reculées de la Germanie, depuis la défaite d'Arioviste et celle des Tenchthères, que l'amitié du peuple romain et sa renommée leur serviraient de sauvegarde ». Ils offraient, en même temps, beaucoup de barques pour le transport de l'armée.

D'après tout cela, César résolut de passer le Rhin: mais, le passer en bateau, c'est ce qu'il ne jugeait ni bien sur, ni digne de lui et du peuple romain. Ainsi, quoique la largeur, la profondeur et la rapidité du fleuve offrissent les plus grandes difficultés pour établir un pont, il pensa qu'il fallait en venir à bout, sinon rester dans la Gaule. Voici le mode qu'il adopta. — On assujettissait l'une à l'autre, à deux pieds et demi de distance, des poutres d'un pied et demi de diamètre, un peu pointues par le bas et d'une longueur proportionnée à la profondeur du fleuve : quand, avec des machines, on les avait descendues et fixées au fond, on les y enfonçait avec le mouton, non pas comme des pilotis, perpendiculairement, mais de biais et inclinées suivant le fil de l'eau. Deux autres poutres, jointes de la même manière, se plaçaient en arc-boutants contre le courant, en face des premières dont elles s'écartaient de quarante pieds par l'extrémité inférieure. A chaque paire de pieux, s'adaptait une traverse de deux pieds carrés, portant de l'une à l'autre et arrêtée à chaque bout par deux fortes chevilles. Ouvertes ainsi dans un sens et fortement rapprochées dans un autre, les poutres, par

leur disposition, donnaient tant de force à l'ouvrage que l'impétuosité des eaux ne faisait que le resserrer et le consolider. Chaque partie était ensuite liée sur la longueur avec des madriers et le tout se recouvrait de solives et de claies. En outre, dans le lit du fleuve, audessous du pont, on enfonça obliquement des pilotis qui, servant de conlreforts et faisart corps avec tout l'ouvrage, soutenaient l'effort du courant : enfin on en planta un peu au-dessus de pareils, qui, si les Barbares lâchaient au fil de l'eau des barques et des troncs d'arbres pour rompre le pont, devaient prévenir ce malheur, en brisant la violence du choc.

Le pont étant achevé, l'armée y passa, dix jours après que l'on eut commencé à transporter les matériaux. César laissa sur chaque rive un fort détachement et s'avança vers le pays des Sicambres. Cependant il vint des députés de plusieurs cités lui demander la paix et son amitié : il les reçut avec bienveillance et leur ordonna de lui amener des otages. Dès qu'on avait commencé le pont, les Sicambres, à la persuasion des Tenchthères et des Usipètes, qu'ils avaient avec eux, s'étaient préparés à fuir : ils avaient enlevé tous leurs eiïets, abandonné le pays et s'étaient cachés dans les déserts et les forêts.

César s'arrêta chez eux quelques jours, brûla tous les bourgs et les habitations, coupa les blés et revint chez les Ubiens. 11 leur promit son secours, si les Sjèves les attaquaient, et ils lui apprirent : « Que ce peuple, informé par des espions qu'il construisait un pont,

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