LIVRE IV H
avait tenu conseil, suivant leur usage, puis dépêché de tous côtés des exprès pour qu'on abandonnât les villes et qu'on fît entrer dans les forêts les effets, les femmes et les enfants : tous les hommes en état de porter les armes avaient eu ordre de se trouver à un lieu désigné, presque au centre de l'État, où ils avaient résolu d'attendre les Romains et de combattre ». César, sur ce rapport, voyant qu'il avait effectué ce qu'il avait eu en vue en passant le Rhin, de châtier les Sicambres,, d'intimider les Germains et de tirer les Ubiens de l'oppression, crut avoir assez fait pour son avantage et pour sa gloire. Il rentra donc dans la Gaule et coupa le pont, après être resté dix-huit jours en tout au delà du Rhin.
V. Quoique l'hiver vienne de bonne heure pour la Gaule, exposée en entier au Septentrion, comme il restait cependant quelques jours d'été. César voulut passer dans la Bretagne, sachant que, dans presque toutes les guerres de la Gaule, nos ennemis en avaient tiré des secours. Si la saison ne permettait pas d y faire la guerre, il devait toujours être très utile, ne fût-ce que de prendre terre dans l'île, d'en observer les habitants, et de reconnaître les lieux, les ports et les plages, toutes choses presque inconnues aux Gaulois : car personne, excepté les marchands, ne se hasarde dans ce pays, et ils n'en connaissent eux-mêmes que les côtes et les contrées en face de la Gaule; aussi ceux que César manda de tous côtés, ne purent lui rien dire ni sur la grandeur de l'île, ni sur les peuples qui l'ha-
bitaient, ni sur leurs forces, leurs usages et leur manière de faire la guerre, ni sur les ports en étal de recevoir un grand nombre de gros vaisseaux.
Avant de rien tenter, il crut à propos d'envoyer à la découverte sur une galère G. Volusénus, avec ordre de tout examiner et de revenir au plus tôt. Il se rendit lui-même avec l'armée chez les Morins, parce que c'est de là que le trajet en Bretagne est le plus court. On y rassembla, par ses ordres, les vaisseaux de tous les pays voisins et la flotte construite l'été précédent pour la guerre des Vénètes. Les Bretons ayant eu cependant connaissance de son projet par dès marchands, plusieurs cités lui offrirent, par leurs envoyés, de donner des otages et de se soumettre au peuple romain. Il écouta les députés, les assura de sa bienveillance, les exhorta à persister dans ces sentiments et les renvoya chez eux accompagnés de Comius qu'il avait fait roi des Atrébates, après les avoir vaincus : ce prince, qu'il croyait fidèle et dont il connaissait l'intelligence et le courage, passait pour avoir un grand crédit dans l'île. Il fut chargé de parcourir le plus de cités qu'il pourrait, de les engager à se soumettre au peuple ror^iain et d'annoncer l'arrivée prochaine de César. Volusénus revint le cinquième jour rendre compte de ses observations, après avoir reconnu le pays aussi bien que le pouvait un homme qui n'osait sortir de sa galère et se fier aux Barbares.
Tandis que César était sur les lieux pour faire équiper sa (lotte, une grande partie des Morins lui envoya