LIVRE IV
des députés pour justiûer leur conduite passée : « C'est parce qu'ils étaient des barbares et qu'ils ignoraient nos coutumes qu'ils nous avaient fait la guerre ; ils s'engageaient, pour l'avenir, à exécuter les ordres de César ». 11 regarda cet événement comme assez heureux ; car il ne se souciait pas de laisser d'ennemi derrière lui ; la saison ne laissait pas le temps de leur faire la guerre et il ne jugeait pas que cette minutie dût l'occuper de préférence à la Bretagne. Il exigea d'eux un grand nombre d'otages qu'ils lui amenèrent et reçut leur soumission. Ayant réuni près de quatrevingts bâtiments de charge, qu'il crut suffisants pour faire passer deux légions, il distribua ce qu'il avait de galères à ses lieutenants, à son questeur et aux préfets. Il avait encore, à huit milles de là, dix-huit vaisseaux de transport que le vent empêchait de rejoindre le reste : ils furent donnés à de la cavalerie. Il remit le surplus de l'armée aux lieutenants Q. Titurius Sabinus et L. Arunculéïus Cotta, pour marchei contre les Ménapiens et contre ceux des Morins qui ne lui avaient pas encore envoyé de députés. Le lieutenant P. Sulpitiuû Rufus eut ordre de garder le port, avec un détachement suffisant.
Ces dispositions faites et le temps se trouvant favorable. César partit vers la troisième veille, en ordonnant à 'a cavalerie de gagner l'autre port, de s'embarquer et de le suivre. Mais comme elle y mit un peu de lenteur, il n'avait avec lui que les premiers vaisseaux lorsque, vers la quatrième heure, il vint en vue de la
Bretagne, dont il aperçut toutes les collines occupées par les ennemis en bon ordre. La mer était, en cet endroit, si resserrée entre les montagnes, qu'un trait aurait porté des hauteurs jusqu'au rivage. Le lieu ne lui paraissant nullement propre à un débarquement, il attendit cinq heures à l'ancre que les autres vaisseaux le rejoignissent. 11 convoqua dans l'intervalle ses lieutenants et les tribuns des soldats, leur communiqua ce qu'il tenait de Volusénus et ce qu'il voulait faire, et les prévint qu'ils auraient à prendre d'eux-mêmes et suivant les circonstances toutes les mesures qu'exigeraient le service et surtout l'état de la mer, si binisque et si inconstante dans ses mouvements. Les ayant congédiés et voyant à la fois la marée et le vent favorables, il donna le signal : on leva l'ancre, on fit environ huit milles et l'on mouilla sur une plage unie et découverte. Mais les Barbares, prévoyant son dessein, avaient détaché de ce côté leur cavalerie et les chariots dont ils font généralement usage dans les combats : ils les suivirent avec le reste de leurs forces et s'opposèrent au débarquement. Il devint par là des plus difficiles: car la grandeur de nos vaisseaux les empêchait d'approcher du rivage et nos sold'.ts, les mains embarrassées, et chargés de leur pesante armure, devaient, tout à la fois, s'élancer des vaisseaux sur une plage inconnue, prendre pied dans la mer et combattre; tandis que l'ennemi sur le sec, ou fort peu avancé dans l'eau et libre de tous ses mouvements, lançait ses traits avec assurance et poussait contre nous, sur une grève bien