LIVRE IV
connue, ses chevaux faaiiliarisés avec la mer. Tout cela intimidait nos soldats, qui, totalement étrangers à cette manière de combattre, n'avaient pas tous l'ardeur, la vivacité qui leur sont ordinaires dans les affaires d'infaùterie où l'on se bat de pied ferme.
César, dès qu'il s'en aperçoit, ordonne aux galères, dont la manœuvre était plus facile et la forme moins familière aux Barbares, de s'écarter un peu des transports, de forcer de rames et d'aller se placer sur le flanc des ennemis, pour les repousser et les éloigner avec les frondes, les flèches et les machines : cela fut très utile, car les ennemis, étonnés et de la forme des vaisseaux et du jeu des rames et de l'espèce inconnue de nos machines, s'arrêtèrent et firent quelques pas en arrière. Comme les soldats hésitaient encore, surtout à cause de la profondeur de l'eau, le porte-aigle de la dixième légion, ayant invoqué les dieux pour que l'événement fût glorieux à son corps, a En avant, camarades, s'écriat-il, si vous ne voulez livrer cette aigle aux ennemis : pour moi, certes, j'aurai rempli mon devoir envers la République et mon général ». A ces mots, il se jette dans la mer avec l'aigle et marche aux ennemis. Alors, s'animant l'un l'autre à ne pas souffrir un pareil déshonneur, les légionnaires s'élancent tous du navire : ceux des vaisseaux voisins le voient, les imitent et marchent à l'ennemi.
On se battit avec ardeur de part et d'autre : cependant comme nos soldats ne pouvaient ni garder leu vs rangs ni bien appuyer le pied, ni suivre leurs propres en-
seignes, chacun, au sortir d'un navire et d'un autre, se ralliant à celle qu'il rencontrait, le désordre était extrême ; tandis que les Barbares, bien au fait de la plage, s'ils voyaient des hommes sortir isolément des navires, poussaient leurs chevaux et les attaquaient avant qu'ils fussent en mesure : un grand nombre en enveloppait un petit; d'autres prenaient le gros en flanc et l'accablaient de traits. César, qui l'observa, remplit de soldats des avisos et les canots des galères, par lesquels il fit soutenir ceux qu'il voyait serrés de trop près. Dès que nos soldats eurent le pied sur le sec, ils chargèrent ensemble les Barbares qui prirent la fuite : on ne les poursuivit pas loin, la cavalerie n'ayant pu suivre sa roule et prendre terre dans l'île. Cela manqua seul au bonheur ordinaire de César.
Sitôt que les ennemis se furent ralliés après cette défaite, leurs députés vinrent demander la paix, offrant de donner des otages et d'obéir aux ordres de César. Avec ces envoyés revint Comius, cet Atrébate, qui, comme on l'a dit, avait devancé César en Bretagne, chargé d'une mission, et qui avait été arrêté et jeté dans les fers au sortir de son vaisseau. Les Bretons le relâchèrent après ce combat et, dans leurs soumissions, rejetèrent cette violence sur la populace, priant César de lui pardonner à cause de son ignorance. César se plaignit « De ce qu'après lui avoir, d'eux-mêmes, fait demander la paix sur le continent, ils l'avaient attaqué sans motif : il ajouta qu'il pardonnait à l'ignorance et demanda des otages ». Une partie fut livrée sur-le-