LIVRE IV
champ et l'on promit de donner sous peu de jours ceux qui devaient venir de loin. Cependant après avoir renvoyé leurs soldats à leurs travaux, les chefs des cités vinrent de tous côlés solliciter pour elles et pour euxmêmes la bienveillance de César.
VI. Ainsi la paix fut faite, le quatrième jour de son arrivée dans l'île. Cependant les dix-huit vaisseaux qui, comme on l'a vu, portaient de la cavalerie, avaient mis en mer avec un joli vent : ils approchaient de la terre et on les découvrait déjà du camp, quand il s'éleva un si violent orage qu'aucun ne put suivre sa route. Les uns furent repoussés au point de leur départ, les autres furent emportés à l'Occident, vers le bas de l'île, et coururent de grands dangers : ils jetèrent l'ancre et, comme ils faisaient malgré cela beaucoup d'eau, ils furent forcés de reprendre le large par une nuit affreuse, et'regagnèrent le continent.
Cette nuit était celle de la pleine lune, époque des plus hautes marées dans l'Océan, et les Romains l'ignoraient. Le flot remplissait donc les galères qui avaient amené César et que l'on avait mises à sec ; et la tempête tourmentait en même temps les transports qui étaient à l'ancre, sans que nos gens eussent aucun moyen de les manœuvrer ou de leur porter secours. Plusieurs vaisseaux furent brisés et, le reste étant hors d'état de tenir la mer par la perle des ancres, des cordages et des autres agrès, la consternation fut générale dans l'armée, comme cela devait être : car on n'avait ni d'autres navires pour le retour, ni rien absolument
pour réparer ce qu'il on restait et, comme tout le monde avait cru hiverner dans la Gaule, on n'avait pas fait provision de blé pour Ihiver.
A cette nouvelle, les chefs bretons qui étaient venus après le combat prendre les ordres de César, s'abouchèrent. Ils voyaient les Romains sans cavalerie, sans vaisseaux, sans vivres et, jugeant de leur nombre par le peu d'étendue du camp, d'autant plus resserré que les légions étaient parties sans bagage, ils crurent ne pouvoir mieux faire que de se soulever, de nous couper les vivres et de traîner les choses jusqu'à l'hiver. S'ils pouvaient nous écraser ou nous fermer le retour, ils espéraient que, dans la suite, nul ne viendrait porter la guerre dans leur île. Ils se liguent donc de nouveau, disparaissent peu à peu du camp et commencent en secret à rassembler des troupes.
Quoique César ne connût pas encore leurs projets, cependant, comme sa flotte avait souffert et comme on avait cessé de livrer des otages, il se méfiait de ce qui arriva; il se préparait donc des ressources à tout événement. Car, tandis que chaque jour on amenait du blé de la campagne dans le camp, l'airain et les matériaux des vaisseaux les plus maltraités servaient à réparer les autres et il donnait ordre d'envoyer du continent ce qui manquait pour cela. Aussi, les soldats s'y étant employés avec le plus grand zèle, on mit tous les vaisseaux, excepté douze, en état de tenir la mer.
Cependant une légion, la septième, était allée chercher du blé, comme de coutume; l'on s'attendait si peu