‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 62 sur 164 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

à des hostilités qu'une partie des soldats restait dans les champs et que le reste allait et venait du camp aux moissonneurs, quand les hommes de garde aux portes vinrent dire à César qu'on voyait plus de poussière qu'à l'ordinare, vers l'endroit où s'était portée la légion. César, soupçonnant ce qui était réel, un changement dans les dispositions des barbares, ordonne aux troupes de garde de venir avec lui de ce côté, à deux cohortes de les remplacer, aux autres de s'armer pour le suivre aussitôt. A quelque distance du camp, il découvre ses gens pressés par les Bretons et leur résistant à peine : la légion entassée était en butte aux traits qu'on lui lançait de toutes parts. Comme tous les blés étaient moissonnés, excepté dans ce canton, l'ennemi, soupçonnant que nous y viendrions, s'était embusqué la nuit dans les bois et, quand la légion éparse eut quitté ses armes pour moissonner, il l'avait brusquement attaquée, avait tué quelques hommes et mis en désordre le reste, qui n'avait pu former ses rangs et qu'enveloppait la cavalerie et les chariots des Bretons.

Voici comme ils combattent sur ces chariots. D'abord ils voltigent de tous côtés en lançant des traits: la peur des chevaux et le bruit des roues suffisent, d'ordinaire, pour jeter le trouble dans les rangs ennemis. Quand ils se sont fait jour dans un escadron, ils sautent de leur char et combattent à pied. Alors le cocher s'écarte un peu de la mêlée et se place de manière que son maître ait sa retraite loute prête, si l'ennemi trop nombreux le serre de trop près. Ainsi, dans l'action,

ils réunissent la vitesse de la cavalerie et la consistance de l'infanterie : et par une pratique et un exercice journaliers, ils par^'iennent à être maîtres de leurs chevaux poussés à toute bride, à les arrêter sur une pente rapide, à tourner court, à voltiger sur le timon, à se tenir debout sur le joug, à se rejeter de là dans le char, avec la dernière agilité. La nouveauté de l'attaque avait mis nos gens en désordre et César vint fort à propos à leur secours ; car, à son approche, ils se remirent de leur terreur et les ennemis s'arrêtèrent. Comme il ne crut pas que ce fût le moment d'engager une affaire, il se tint dans sa position et ramena bientôt les légions au camp, sans perte. Cependant ce qui restait d'ennemis dans les champs se retira.

Plusieurs orages successifs tinrent, les jours suivants, nos troupes renfermées dans le camp et les ennemis éloigné^ Curant ce temps, ils dépêchèrent des messagers de tous côtés pour faire connaître notre petit nombre, et la facilité de faire du butin et de recouvrer la liberté pour toujours, en s'emparant du camp des Romains. Ayant ainsi bientôt rassemblé beaucoup de cavalerie et d'infanterie, ils se portèrent-^sur le camp. César voyait bien qu'il en serait comme les jours précédents et que, s'il battait les ennemis, leur agilité les déroberait au péril : cependant comme il avait environ trente chevaux qu'avait amenés de la Gaule l'Atrébate Comius, il mit ses légions en bataille, en avant du camp; l'action s'étant engagée, les Bretons ne purent soutenir longtemps notre choc et tournèrent

Page 1