‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 67 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

nant et très considéré des Gaulois. De plus, il avait déjà dit, dans l'assemblée des Éduens : « Que César lui offrait l'empire de sa cité ». Ce propos avait affligé les Éduens qui n'osaient envoyer de députés à César ni pour s'y opposer, ni pour l'en détourner : César tenait cela de ses hôtes. D'abord Dumnorix essaye, à force de prières, d'obtenir qu'on le laisse dans la Gaule : « Étranger à la navigation il craignait la mer; il était d'ailleurs retenu, disait-il, par des motifs religieux ». Voyant qu'on persiste à le refuser et qu'il a, de ce côté, perdu toute espérance, il se met à intriguer auprès des principaux Gaulois ; il les tire à part et les exhorte à rester sur le continent. Aux uns il inspire des craintes : « Ce n'était pas sans dessein qu'on enlevait à la Gaule toute sa noblesse; le but de César était de faire périr dans la Bretagne ceux dont il n'oserait se défaire à la face de la Gaule ». A d'autres, il engage sa parole et demande leur serment « De travailler de concert à ce qu'ils jugeront utile à la patrie ».

César apprenait ces menées par plusieurs bouches. A raison de sa grande considération pour les Éduens, il avait résolu de contenir Dumnorix et de le réprimer par toute sorte de moyens; il pensait, voyant sa démence augmenter chaque jour, à prévenir le mal qui pourrait en résulter pour lui-même et pour la République. Ainsi, comme le vent de nord-ouest, qui souffle dans ce pays la plus grande partie de l'année, s'opposait au dépa-t, pendu it vingt-cinq jours environ que l'armée fut retenue dans le port. César

eut soin de maintenir Duranorix dans le devoir et d'être cependant informé de toutes ses démarches : enfin le temps se trouvant favorable, il ordonne aux légions et à la cavalerie de s'embarquer. Mais, tandis que tout le monde s'en occupe, Dumnorix, à l'insu de César, reprend avec la cavalerie éduenne le chemin de son pays. A cette nouvelle, César interrompt l'embarquement, suspend tout et fait partir à sa poursuite la plus grande partie de sa cavalerie, avec ordre de le ramener ou de le tuer, s'il résiste, s'il n'obéit pas. Il croyait bien que l'homme, qui, présent, avait méprisé ses ordres, absent, ne se rendrait pas à la raison. En effet, comme on veut l'arrêter, il résiste, il oppose la force, il implore le secours de sa troupe, en criaillant : « Qu'il est libre et d'une cité libre ». D'après les ordres de César, on l'entoure, on le tue et toute la cavalerie éduenne revient sur ses pas.

Cette affaire finie, Labiénus resta sur le continent avec trois légions et moitié de la cavalerie : il devait garder les ports, pourvoir aux vivres, s'informer de ce qui se passerait et se conduire suivant le temps et les événements. César, avec deux mille chevaux et cinq légions, lève l'ancre, vers le coucher du soleil, avec un petit vent de sud-ouest : mais comme il tomba vers minuit, la flotte ne put suivre sa route ; la marée la porta trop loin, et l'on vit au jour qu'on avait laissé nie à gauche. Alors, profitant du changement de marée, on s'efforça de gagner à la rame l'endroit où le débarquement avait été si commode l'été précé-

Page 1