LIVRE V
dent. Ce fut là qu'on ne put trop louer l'ardeur des soldats, qui, ramant sans relâche, firent voguer de pesants transports aussi vite que des galères.
III. Toute la flotte aborda vers midi sur une côte où l'on ne vit point d'ennemis ; mais, dans la suite, les prisonniers dirent à César que la crainte avait écarté du rivage un corps nombreux qui s'y était rassemblé : il s'était caché dans les montagnes, effrayé de la multitude des vaisseaux, dont il s'offrait à la vue plus de huit cents, y compris ceux que chacun avait fait faire pour sa commodité. Dès que l'armée fut à terre et qu'il eut choisi un campement convenable, César, informé par des prisonniers de la position de l'ennemi, laissa Q. Atrius au bord de la mer avec dix cohortes et trois cents chevaux pour garder la flotte, et, vers minuit, marcha contre les Barbares ; il craignait d'autant moins pour sa flotte qu'il l'avait laissée à l'ancre, sur un fond mou et sur une plage unie.
Il avait fait environ douze milles lorsqu'il découvrit au jour, les troupes de l'ennemi, qui, poussant vers la rivière sa cavalerie et ses chars pour en défendre le passage, engagea l'action de dessus la rive. Repoussé par notre cavalerie, il s'enfonça dans des bois, où se trouvait un lieu très bien fortifié par la nature et par l'art, car de grands abatis en fermaient toutes les avenues : il semblait avoir été mis jadis en cet état à l'occasion d'une guerre domestique. Les Barbares se battaient épars dans les bois et défendaient l'entrée de leur retranchement. Mais les légionnaires de la sep-
lième, ayant formé la tortue, élevèrent une terrasse tout contre, enlevèrent le poste et chassèrent l'ennemi du bois, aux dépens de quelques blessures. César défendit de le poursuivre trop loin dans sa fuite, tant parce qu'on ne connaissait pas les lieux, que parce qu'il restait peu de jour et qu'il voulait qu'on eût le temps de fortifier le carap.
Le lendemain matin, il envoya son infanterie et sa cavalerie sur trois points, à la poursuite des fuyards; elles avaient fait quelque chemin, et l'on ne voyait déjà plus que les derniers rangs,, lorsque des cavaliers, dépéchés par Atrius, vinrent annoncer que, dans la nuit, une affreuse tempête avait maltraité, jeté sur le rivage presque tous les vaisseaux : rien n'avait pu résister à sa violence, ni ancres, ni câbles, ni pilotes, ni matelots : aussi les bâtiments s'étaient fort endommagés en se heurtant les uns les autres.
César, à cette nouvelle, ordonne de rappeler et de faire revenir légions et cavalerie : lui-même il retourne à sa flotte. Il voit de ses yeux à peu près ce que lui avaient annoncé la lettre et les exprès : il lui sembla cependant qu'il n'y aurait de perdus qu'environ quarante vaisseaux et qu'à force de travail on pouvait réparer le reste. Il prend donc des ouvriers dans les légions, il en fait venir du continent : il écrit à Labiénus de faire construire par ses troupes le plus de vaisseaux possible et, quoique cela exigeât beaucoup de peines et de fatigues, il résolut cependant, comme une chose très utile, de tirer à terre toute la flotte et