‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 69 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

de l'enfermer dans la même enceinte que le camp. On y employa dix jours environ, sans interrompre le travail même pendant la nuit.

Les vaisseaux étant à sec et le camp bien fortifié, César laissa pour les garder les mêmes troupes qu'auparavant et repartit pour le canton d'où il était revenu. Les Bretons s'y étaient rassemblés en plus grand nombre et, d'un commun accord, ils avaient remis le suprême commandement et la conduite de la guerre à Cassivellaunus : les États de ce prince, séparés des cités maritimes par la Tamise, étaient environ à quatrevingt milles de la côte. Il n'avait cessé, jusque-là, d'être en guerre avec ses voisins ; mais notre arrivée avait alors déterminé les Bretons à le nommer généralissime.

IV. L'intérieur de la Bretagne est habité par des peuples qui se prétendent nés dans l'île même : les bords de la mer le sont par des Belges* qui y passèrent pour faire la guerre et piller. Ils s'y fixèrent ensuite et commencèrent à cultiver la terre . ils portent en général le nom des cités dont ils sont venus. La population est immense et le bétail très nombreux ; les habitations, presque semblables à celles de la Gaule, sont très rapprochées. La monnaie est de cuivre, ou de morceaux de fer d'un poids déterminé. On trouve de l'étain dans

1. Cette assertion est trop générale : car si la Bretagne avait des Atrebatii et des Belgœ, elle avait aussi des Parisii, des Cenimagni, etc. Ce n'étaient donc pas les Belges seuls qui y avaient des colonies.

l'intérieur et du fer sur la côte, mais en petite quantité ; le cuivre leur vient du dehors. Ils ont les mêmes arbres que la Gaule, excepté le hêtre et le sapin. Ils ne se permettent de manger ni la poule, ni l'oie, ni le lièvre ; ils en élèvent cependant pour leur plaisir. Le climat est plus tempéré et le froid moins rude que dans la Gaule.

\ L'île est triangulaire : un des côtés regarde la Gaule. Le promontoire de Gantium, oîi d'ordinaire abordent les Gaulois, forme, à l'Orient, son angle supérieur; l'inférieur est au Midi. Ce côté a cinq cents milles environ. Le second est tourné vers l'Espagne et le soleil couchant: dans cette partie est l'Hibernie, plus petite de moitié que la Bretagne, dont elle est à la même distance que la Gaule. Au centre de cette côte est l'île de Mona. Il s'en trouve aussi, dit-on, beaucoup de plus petites qui, suivant quelques écrivains, ont, au solstice d'hiver, une nuit de trente jours. Nos recherches ne nous apprirent rien là-dessus : seulement nous trouvâmes par nos horloges d'eau que les nuits étaient plus courtes que sur le continent. Les habitants donnent à ce côté sept cent milles de long. Le troisième, qui passe pour en avoir huit cents, est au Septentrion et n'a pas de terres en face. Un de ses angles regarderait tout au plus la Germanie de préférence; ainsi le circuit entier de l'île est à peu près de deux mille milles.

Les plus civilisés des habitants sont, sans contredit, ceux du Gantium, pays absolument maritime, où les mœurs diffèrent peu de celles des Gaulois. On ne sème

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