LIVRE V
guère de blé dans l'intérieur ; on y vit de chair et de laitage et l'on y est vêtu de peaux. Tous les Bi'etons se frottent de pastel, qui les colore en bleu^; ce qui les rend hideux dans le combat. Us portent les cheveux longs et pendants et se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre supérieure. Chez eux, les femmes sont communes entre dix et douze, surtout entre les frères et les frères, les pères et les fils : mais les enfants qu'elles ont appartiennent à celui qui les connut vierges.
V. Pendant la marche, l'ennemi avec ses chariots et sa cavalerie attaqua vivement la nôtre, qui cependant eut partout l'avantage et les rejeta sur les hauteurs et dans les bois : mais, après lui avoir tué beaucoup de monde, comme elle le poursuivit avec trop d'ardeur, elle perdit quelques cavaliers. Au bout de quelque temps, tandis que nos troupes travaillaient aux retranchements, sans être assez sur leurs gardes, les Bretons, s'élançant du bois, fondirent sur le poste avancé, qu'ils chargèrent vivement. César fit marcher au secours les deux cohortes d'élite de deux légions, mais, comme elles s'étaient formées à un peu de distance l'une de l'autre, et qu'elles étaient tout étonnées de la nouvelle rnanière de combattre des ennemis, ceux-ci se
1. De cet usage est venu sans doute le nom de Britanni, dérivé du mot celtique Breit, peint, auquel on ajouta une terminaison latine. Les anciens Bretons, en se retirant en Ecosse, conservèrent cet usage qui leur valut par la suite le nom de Picti, équivalent en latin à celui de Britanni en langue celtique.
jetèrent entre les deux avec la dernière audace et se retirèrent sans perte. Le tribun des soldats, Q. Labérius Durus y fut tué. On détacha un plus grand nombre de troupes qui repoussèrent les Barbares.
Cette affaire, qui eut lieu aux portes du camp, sous les yeux de l'armée entière, fit voir que notre infanterie, à cause du poids de ses armes, n'avait point d'avantage contre un ennemi de cette espèce, parce que, n'osant s'écarter de ses enseignes, elle ne pouvait le poursuivre dans sa retraite ; et que la cavalerie s'exposait beaucoup en attaquant, parce que les Barbares fuyaient souvent à dessein, pour l'attirer un peu loin des légions et que, sautant alors de leurs chars à terre, ils lui livraient à pied un combat inégal. Cette manœuvre était donc également dangereuse pour notre cavalerie, soit qu'elle fût poursuivie, soit qu'elle poursuivît. Ajoutons que les ennemis ne combattaient jamais serrés, mais par pelotons très épars, et qu'ils se postaient par échelons, de façon qu'ils se succédaient et que des hommes frais remplaçaient les combattants fatigués.
Le lendemain matin on ne voyait qu'un petit nombre de Bretons, sur des hauteurs éloignées et, dans les escarmouches avec notre cavalerie, ils mirent moins d'ardeur que la veille ; mais à midi. César ayant envoyé le lieutenant C. Trébonius au fourrage avec trois légions et toute la cavalerie, ils tombèrent de toutes parts sur les fourrageurs, et même osèrent s'approcher des enseignes et des légions. Celles-ci les chargèrent