LIVRE V
Tivement, les culbutèrent et ne cessèrent de les poursuivre que lorsque notre cavalerie, se sentant soutenue par l'infanterie qu'elle voyait derrière elle, les mena l'épée dans les reins, sans leur donner le temps ni de se rallier, ni de tenir ferme, ni de sauter de leurs chars • elle en fit un grand carnage. Tous les auxiliaires se retirèrent après cette déroute et, dès lors, l'ennemi ne se présenta plus devant nous avec toutes ses forces.
Instruit de cette résolution, César conduisit son armée vers la Tamise et les états de Cassivellaunus. Le fleuve n'a qu'un seul gué, qui même est très difficile. Arrivé sur le bord. César vit un corps nombreux d'ennemis en bataille sur l'autre rive : elle était défendue par des palissades aiguës, et l'eau du fleuve cachait de pareils pieux, enfoncés dans son lit. César, l'ayant appris par des prisonniers et des déserteurs, ordonne à la cavalerie d'aller en avant, et aux légions de la suivre de près. Les soldats, quoiqu'ils n'eussent que la tête hors de l'eau, s'avancèrent si bravement et si vivevement, légions et cavalerie, que l'ennemi ne pouvant soutenir leur choc, abandonna la rive et prit la fuite,
Cassivellaunus, ayant ainsi perdu tout espoir de disputer le terrain, licencia le gros de son armée et ne garda que quatre mille chars environ avec lesquels il nous suivit, s'écartant un peu de la route, se cachant dans les endroits fourrés et couverts de bois et faisant rentrer dans les forêts le bétail et les habitants des lieux où il voyait que nous passerions : et, comme il connaissait tous les chemins et tous les sentiers, si
notre cavalerie se répandait trop au loin pour piller et ravager, elle était attaquée par les chars et courait un grand danger. Cette crainte l'empêchait donc d'étendre ses courses ; César ne pouvait lui permettre de s'éloigner des légions : et le seul mal qu'éprouva l'ennemi fut celui que put lui causer dans sa marche l'infanterie, en dévastant et brûlant ses propriétés.
César cependant reçut des députés des Trinobantes, cité la plus puissante à peu près de ces cantons, de laquelle était Mandubratius, jeune homme qui, étant venu trouver César sur le continent, s'était attaché à lui. Son père, Immanuentius, avait été roi du pays ; Cassivellaunus l'avait mis à mort : le iils lui avait échappé par la fuite. La cité offrait de se soumettre et d'exécuter les ordres de César: elle le priait en même temps de protéger Mandubratius contre les violences de Cassivellaunus et de le leur envoyer pour être à la tête du gouvernement. César exigea d'eux quarante otages, avec du blé pour l'armée, et leur envoya Mandubratius. Ils exécutèrent promptement ces ordres et livrèrent les. otages et le blé demandés. Voyant les Trinobantes protégés et mis à Tabri de toute insulte de la part du soldat, les Cénimagnes*, les Ségontiaques, les Ancalites, les Bibroces, les Cassiens députèrent vers César et se soumirent.
Il apprit d'eux qu'il n'était pas loin de la ville de
i. 11 est probable que ces Cénimagnes étaient originairement des Cénomans de la Gaule dont le nom s'était altéré, comme en Italie où ils s'appelèrent de même Cénimagnes.