LIVRE V
viens avec une autre, L. Roscius chez les Essuens avec une troisième, et T. Labiénus avec une quatrième chez les Rémois, sur la frontière des Tréviriens: trois furent postées en Belgique sous les ordres du questeur M. Crassus et des lieutenants L. Munatius Plancus et C. Trébonius; enfin les lieutenants Q. Titurius, Sabinus et L. Arunculéïus Cotta avec cinq cohortes et la dernière légion, levée au delà du Pô, allèrent chez les Éburons, dont la plus grande partie habite entre la Meuse et le Rhin, et qui avaient pour rois Ambiorix et Caltivulcus. César crut voir, dans cette distribution des troupes, un remède facile contre la disette ; et cependant tous les quartiers n'occupaient qu'une étendue de cent milles, excepté celui de G. Roscius, qui allait dans un pays très soumis et très paisible. César résolut de rester dans la Gaule, jusqu'à ce que les légions fussen-t établies dans leurs cantonnements et qu'il les y sût bien retranchées.
Tasgétius était un homme de la plus haute naissance, dont les ancêtres avaient régné sur les Carnutes : César l'avait rétabli dans le rang de ses aïeux, à raison de son courage, de son attachement et des services signalés qu'il lui avait rendus dans toutes les guerres. Cette année, la troisième de son règne, ses ennemis, excités encore par plusieurs personnes de la cité, l'assassinèrent publiquement. On en rendit compte à César, qui, comme hien des gens étaient compromis, craignit qu'ils ne portassent la cité à se révolter et donna l'ordre à L. Plancus de passer aussitôt, avec sa légion,
de la Belgique chez les Carnutes, d'y prendre son quartier d'hiver, d'arrêter et de lui envoyer ceux qu'il apprendrait être les auteurs de la mort de Tasgétius. Pendant ce temps tous les lieutenants et le questeur, auxquels il avait confié des légions, l'informèrent qu'ils étaient arrivés dans leurs cantonnements et s'y étaient fortifiés,
Em'iron quinze jours après, une révolte éclata tout à coup de la part d'Ambiorix et de Cativulcus. Ils étaient venus au-devant de Sabinus et de Cotta, jusque sur les frontières de leur pays, et leur avaient apporté du blé ; mais, à l'instigation des agents du trévirien Indutiomarus, ils soulevèrent leur nation, surprirent les gens qui coupaient du bois et vinrent en force attaquer le camp. Nos soldats ayant promptement pris les armes et bordé le rempart, et la cavalerie espagnole, qui sortit, ayant battu celle des ennemis, ils désespérèrent du succès et retirèrent leurs troupes de l'assaut. Alors ils crièrent à leur manière : « Que quelqu'un sortît du camp pour conférer avec eux : ils avaient à faire pour l'intérêt commun des propositions, qui pourraient tout calmer ». On envoya pour les entendre G. Arpinus, chevalier romain, ami de Q, Titurius, avec Q. Junius, un espagnol, que César avait déjà plus d'une fois dépêché vers Ambiorix.
Ce prince leur dit : t Qu'il avouait devoir beaucoup à César pour les bienfaits qu'il en avait reçus : César l'avait affranchi du tribut annuel qu'il payait aux Aduatiques ses voisins et lui avait rendu son fils et celui de son frère que ce peuple avait pour otages et qu'il tenait