LIVRE V
dans l'esclavage et dans les chaînes. Aussi, en attaquant le camp, n'avait-il suivi ni sa volonté, ni sa façon de penser ; sa cité l'y avait forcé : car telle était l'espèce de son autorité, que le peuple n'avait pas moins de pouvoir sur lui qu'il n'en avait sur le peuple. Au reste l'insurrection venait de ce que sa cité n'avait pu refuser d'entrer dans la conspiration subite des Gaulois : il pouvait bien en donner pour preuve sa faiblesse ; car il n'avait pas assez peu d'expérience pour se flatter, avec ses seules forces, de triompher du peuple romain. Mais les Gaulois avaient pris une résolution générale, et ce jour était fixé pour attaquer tous les quartiers de César, afin qu'une légion ne pût aller au secours de l'autre. Des Gaulois n'avaient guère pu refuser des Gaulois, surtout lorsqu'il s'agissait de recouvrer la liberté commune. Mais, après avoir payé sa dette à la patrie, il allait s'acquitter envers César : ainsi, par reconnaissance pour lui, il prévenait Titurius, il le priait comme son hôte, de pourvoir à son salut et à celui de ses soldats. Un corps nombreux de Germains soudoyés avait passé le Rhin; il arrivait sous deux jours. C'était aux Romains de voir si, avant que les cités voisines en eussent vent, ils voulaient se retirer du cantonnement et rejoindre ou Labiénus, ou Cicéron, dont l'un était éloigné d'environ cinquante milles et l'autre d'un peu plus. Il leur promettait, il leur jurait sûreté parfaite au travers de son pays. Il conciliait ainsi les intérêts de sa cité, qui serait soulagée des quartiers, avec sa gratitude pour les bienfaits
de César ». Ambiorix se retire après ce discours.
Arpinus et Junius le rapportent aux deux commandants. Dans le trouble où les jetait cet événement imprévu, ils ne crurent pas devoir négliger l'avis, quoiqu'il vint d'un ennemi. Ce qui les frappait le plus, c'est qu'à peine était-il croyable que la cité obscure et chétive des Éburons eût osé, d'elle-même, faire la guerre au peuple romain. Ils portèrent donc l'affaire au conseil, où il s'éleva de grands débats entre eux. L. Arunculéïus pensait avec plusieurs des tribuns et des premiers centurions « Qu'il ne fallait rien précipiter, ni quitter le cantonnement sans l'ordre de César : ils soutenaient que, bien retranché, l'on pouvait résister même aux Germains, quel que fût leur nombre ; la preuve en était qu'on avait soutenu vigoureusement le premier effort des ennemis, en leur blessant beaucoup d'hommes. L'on ne manquait point de blé : cependant, on recevrait du secours des cantonnements voisins et de César. Enfin, quoi de plus inconséquent et de plus honteux que de prendre une résolution extrême, d'après les conseils d'un ennemi »?
Titurius criaillait au contraire « Qu'il serait trop tard pour prendre un parti, quand, parla jonction des Germains, l'ennemi serait plus en force, ou que les quartiers voisins auraient essuyé quelque disgrâce. On avait peu de temps pour songer à sa sûreté. Il croyait César parti pour l'Italie : autrement les Carnutes se seraientils portés à tuer Tasgétius? S'il n'était absent, les Ébu- •rçns seraient-ils venus si effrontément nous attaquer?