‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 79 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ils élevèrent des tours de la hauteur de notre rempart, préparèrent des faux et firent des tortues, d'après les leçons des mêmes prisonniers.

Un grand vent s'étant élevé leseptième jour du siège, ils se mirent à lancer, avec la fronde, des balles d'argile brûlantes et à darder des javelines rougies au feu sur nos huttes couvertes de chaume, à la façon des Gaulois. Le feu, qui y prit bientôt, gagna tout le camp par la force du vent. A cette vue, les ennemis s'approchent en poussant de grands cris, font avancer les tortues et les tours et appliquent les échelles au rempart. Mais telle fut l'énergie et la présence d'esprit des soldats que, rôtis de tous côtés par les flammes, accablés d'une grêle épaisse de traits, sachant que le feu dévorait le bagage et toute leur fortune, ils se battirent avec toute l'ardeur et la bravoure possibles, sans que pas un non seulement abandonnât son poste, mais même regardât presque derrière lui. Cette journée fut pour nous bien plus rude qu'aucune autre. Cependant, en résultat, les ennemis eurent un grand nombre de tués et de blessés, parce que, s'étant entassés au pied du rempart, les derniers fermaient la retraite aux premiers. Quand la flamme se fut un peu amortie, l'ennemi ayant approché du rempart une tour, au point qu'elle y touchait, les centurions de la troisième cohorte reculèrent et firent reculer leurs soldats, en invi-

lignes des Nerviens, puisque, comme on le verra plus bas, un trait lancé par-dessus portait jusqu'au camp romain, qui ne pouvait être bien grand, puisqu'il n'était que pour une légion.

tant, du geste et de la voix, les Barbares à s'avancer. Aucun ne l'ayant osé, on les assaillit de pierre? de tous côtés, on les culbuta et l'on brûla leur tour.

Dans la légion étaient T. Pullion et L. Varénus, deux centurions du plus grand courage et déjà sur le point de parvenir aux premiers rangs. C'était entre eux des débats, une rivalité sans lin et, tous les ans, ils se disputaient le rang avec un acharnement haineux. Au momeut où le combat était le plus animé: Qu'attends tu, Varénus, s'écria Pullion, et quelle autre occasion veux-tu pour montrer ta valeur? Voici le jour qui jugera notre querelle. A ces mots, il sort du retranchement et fond sur le plus épais des ennemis. Et Varénus aussi ne se tient plus renfermé; jaloux de l'opinion publique, il suit de près, son rival. Pullion lance son javelot, perce et tue un Gaulois de la foule qui venait à lui : les ennemis couvrent le corps de leurs boucliers, dirigent à la fois tous leurs coups contre Pullion et lui ôtent tout moyen de retraite. Un trait perce son bouclier, s'enfonce dans son baudrier et fausse le fourreau de son épée. Lorsqu'il veut la tirer, sa main trouve un obstacle et, dans ce moment critique, les ennemis l'entourent. Son ennemi Varénus vient à son aide et le secourt dans ce danger. Aussitôt toute la foule laisse Pullion, qu'elle croit percé d'outre en outre, et se tourne contre Varénus, qui met promptement l'épée à la main et se bat de près : il tue un des ennemis et repousse un peu le reste ; mais, s'abandonnant trop, il s'abat et tombe dans un creux, où il est enveloppé.

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