LIVRE VI
beaucoup de cavalerie et d'infanterie et se disposaient à attaquer Labiénus qui, avec une légion, hivernait sur leurs frontières. Ils n'en étaient plus qu'à deux jours de marche, quand ils apprirent que César lui avait fait passer deux légions. Ils campent alors à quinze milles de lui, résolus d'attendre les Germains auxiliaires. Labiénus, instruit de ce dessein, laisse cinq cohortes à la garde du bagage, s'avance avec les vingt-cinq autres et beaucoup de cavalerie et se retranche à un mille de' leur camp, espérant que leur témérité lui fournirait l'occasion de livrer bataille. Il en était séparé far une rivière difficile à passer, vu l'escarpement de ses rives : il ne songeait pas à la franchir, et ne croyait pas que les ennemis le fissent. Comme ils attendaient chaque jour leurs auxiliaires, il dit tout haut dans le conseil : « Que, puisqu'on annonçait l'arrivée des Germains, il ne mettrait pas au hasard le sort de son armée et le sien, et qu'il lèverait le camp le lendemain, à la pointe du jour ». Ce propos parvint bientôt aux ennemis; car il était naturel que, dans sa nombreuse cavalerie gauloise, il se trouvât des hommes qui favorisassent d'autres Gaulois. Labiénus assemble de nuit les tribuns des soldats et les premiers centurions ; il leur expose son projet et, pour que l'ennemi croie encore mieux à sa frayeur, il ordonne de lever le camp avec beaucoup plus de bruit et de tumulte qu'il n'est ordinaire chez les Romains : ainsi le départ prit l'apparence d'une fuite. Les deux camps étaient si rapprochés que les ennemis en furent également instmits avant lejourparleursespions.
L'arrière-garde était à peine sortie des retranchements, que les Gaulois s'animent entre eux « A ne pas laisser échapper une proie si désirée : dans la terreur où étaient les Romains, il serait trop long d'attendre le secours des Germains ; et leur honneur souffrirait, s'ils n'osaient avec tant de monde attaquer un corps si faible, et surtout qui fuyait encombré de bagages >. Ils n'hésitent pas à passer la riYièrc et à livrer combat dans une mauvaise position. Labiénus, qui s'y attendait, marchait lentement, feignant toujours de continuer sa route, pour les attirer tous en deçà du fleuve. Bientôt envoyant un peu en avant les bagages qu'il plaça sur une éminence ; Soldats, dit-il, voilà l'occasion que voris demandiez : vous tenez Vennenii resserré dans une mauvaise position. Montrez, sous mes ordres, le même courage que vous avez souvent déployé sous ceux de notre général; croyez-le encore présent; croyez être sous ses yeux. En même temps, il ordonne de tourner les enseignes vers l'ennemi et de se former en bataille, laisse quelques escadrons à la garde du bagage, et poste le reste sur ses flancs. A l'instant nos soldats, poussant un cri, lancent leurs javelots contre les Gaulois qui, voyant contre leur espoir fondre sur eux des gens qu'ils croyaient en fuite, ne soutinrent pas même le choc, se débandèrent à la première charge et gagnèrent les bois voisins. Labiénus les poursuivit avec sa cavalerie, en prit et en tua un grand nombre. Peu de jours après, la cité se soumit; car, à la nouvelle de cette défaite, les Germains retournèrent chez eux. Les