LIVRE VI
parents d'Indutiomarus les y suivirent : comme ils avaient été les moteurs de la révolte, ils quittèrent le pays. On donna le premier rang et l'autorité à Gingétorix, qui avait été constamment ferme dans son devoir.
III. Du pays des Ménapiens étant venu chez les Tréviriens, César résolut de passer le Rhin pour deux raisons : la première était que les Germains avaient envoyé des secours aux Tréviriens ; la seconde, qu'il ne voulait pas qu'Ambiorix trouvât chez eux un asile. Dans ce dessein, il fit faire un pont, un peu au-dessus de l'endroit où son armée avait déjà passé. L'ouvrage, conduit suivant la méthode que l'on connaît, fut achevé dans peu de jours, grâce au zèle extrême du soldat. César laissa un fort détachement près du pont, chez les Tréviriens, pour y prévenir quelque brusque mouvement et fît passer le reste des légions et la cavalerie. Les Ubiens, qui, comme on l'a dit, s'étaient soumis et avaient donné des otages, députèrent vers lui pour se justifier et lui faire connaître : « Que leur cité, fidèle à ses engagements, n'avait point envoyé de secours aux Tréviriens, ils le prient, ils le conjurent de les ménager, craignant que sa haine pour les Germains en général ne lui fasse punir les innocents pour les coupables. Veut-il de nouveaux otages? Ils en donneront ». César prit des informations et reconnut que les secours avaient été envoyés par les Suèves. Il agréa la justification des Ubiens et s'informa des chemins et des pass'irres qui mènent chez les Suèves.
Au bout de quelques jours, il apprend desUbiens que les Suèves rassemblent toutes leurs forces sur un point et qu'ils ont signifié aux peuples de leur dépendance de leur envoyer des renforts de cavalerie et d'infanterie. Sur cet avis, César se pourvoit de vivres et prend un campement avantageux. Il espère réduire, par la disette, des Barbares sans expérience à lui livrer bataille dans une mauvaise position. Il ordonne donc aux Ubiens de retirer leurs troupeaux dans les villes, d'y transporter tous leurs effets, d'envoyer de fréquents espions chez les Suèves et de savoir ce qui s'y passe. On obéit et on lui rapporte, quelques jours après, que, sur la nouvelle positive de l'approche des Romains, tous les Suèves et tous leurs alliés se sont retirés absolument au fond de leur pays: une forêt immense, nommée Bacénis, qui s'étendait au loin dans l'intérieur, formait entre les Suèves et les Chérusques comme un mur naturel et s'opposait à leurs incursions et à leurs ravages réciproques : c'était au bord de cette forêt que les Suèves avaient résolu d'attendre les Romains.
IV. Il ne me semble pas hors de propos, puisque j'en suis là, de parler des mœurs des Gaulois et des Germains et d'expliquer en quoi ces nations diffèrent l'une de l'autre.
Il y a des factions chez les Gaulois, non seulement dans chaque cité, dans chaque canton, dans chaque village, mais même presque dans chaque maison. Les hommes les plus généralement considérés sont les