‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 90 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

chefs de ces factions : c'est à leur avis et à leur décision qu'on s'en rapporte en définitive dans les affaires et dans toutes les entreprises. Cela paraît s'être établi jadis, afin qu'un homme du peuple trouvât de l'appui contre un plus puissant : car nul ne souffre qu'on maltraite ou qu'on opprime un de ses partisans ; autrement il perdrait tout son crédit. 11 en est de même de la Gaule en masse, car toutes les cités forment deux partis.

Lorsque César vint dans la Gaule, les Éduens étaient à la tête de l'un et les Séquaniens de l'autre. Comme ceux-là, depuis longtemps, avaient l'autorité principale et de nombreux clients, les derniers avaient fait alliance avec Arioviste et les Germains, qu'ils avaient attirés dans leur pays à force de sacrifices et de promesses. Divers succès et la destruction de toute la noblesse éduenne les avaient rendus si prépondérants qu'ils avaient enlevé une grande partie de leurs clients aux Éduens, qu'ils en avaient reçu pour otages les enfants des premières maisons, et qu'ils les avaient forcés de jurer solennellement qu'ils ne trameraient rien contre les Séquaniens : ceux-ci jouissaient enfin d'une partie de territoire, qu'ils avaient envahie, et de la suprématie de toute la Gaule. C'était cette triste position des Éduens qui avait conduit Divitiacus à Rome, pour obtenir des secours du sénat : il était revenu sans avoir réussi. L'arrivée de César ayant fait changer cet état de choses, les Éduens avaient recouvré leurs otages et leurs anciens clients, et César leur en -^vait fait

acquérir de nouveaux, parce qu'on voyait qu'en s'attachanl à eux, on était traité avec plus de douceur et de ménagement ; et, comme ils gagnaient en crédit, en considération, en tout, les Séquaniens s'étaient vu échapper le premier rang. Les Rémois les y remplacèrent et, remarquant qu'ils jouissaient auprès de César d'une faveur égale, ceux que d'anciennes haines éloignaient absolument des Éduens se rangeaient sous la clientèle des Rémois, qui, très attentifs à les protéger, avaient acquis ainsi une influence nouvelle et soudainement établie. Tel était l'état des choses que les Éduens avaient, parmi les Gaulois, une prééminence décidée et que les Rémois tenaient le second rang. X \ i- Il n'y a, dans toute la Gaule, que deux classes que

l'on distingue et qui comptent pour quelque chose; le peuple y est presque regardé comme esclave. Il n'ose rien par lui-même et n'a part à aucune délibération. Accablé par ses dettes, par le poids des impôts, ou par les vexations des hommes puissants, le plus grand nombre s'attache au service de la noblesse, qui a sur lui tous les droits d'un maître sur ses esclaves. L'une de ces classes est celle des Druides, l'autre celle des Chevaliers.

Ceux-là s'occupent de ce qui concerne la religion, font les sacrifices publics et privés, et sont les interprètes des dieux. Une foule de jeunes gens accourt près d'eux pour s'instruire et leur état est très respecté. Car ils statuent sur presque tous les différends publics ou particuliers, et, s'il s'est commis un crime, s'il s'est

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