‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 91 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

fait un meurtre, s'il y a discussion sur un héritage, sur des limites, ce sont eux qui prononcent. Ils décernent les récompenses et les peines; et, si quelqu'un, homme privé ou magistrat, ne se soumet pas à leur arrêt, ils lui interdisent les sacrifices : c'est, chez eux, la plus terrible des peines. Ceux à qui on l'inflige sont mis au nombre des impies et des scélérats; tout le monde s'en éloigne et fuit leur abord et leur entretien, de peur que leur commerce ne lui porte malheur. On ne fait point droit sur leurs demandes et ils sont exclus de toutes les dignités.

Le corps des Druides est soumis à l'autorité suprême d'un chef. A sa mort, le plus considéré d'entre eux lui succède : si plusieurs ont des droits égaux, le suffrage des Druides en décide, et quelquefois aussi la force des armes.

Dans un certain temps de l'année, ils s'assemblent au pays des Carnutes, en un lieu consacré, qui passe pour le centre de toute la Gaule. Ceux qui ont des procès y viennent de toutes parts les soumettre à leur décision et à leur arrêt. Leur doctrine, découverte, dit-on, dans la Bretagne, en a été transportée dans la Gaule et c'est encore dans cette île que vont l'étudier ceux qui veulent la connaître plus à fond.

Les Druides ne sont point dans l'usage d'aller à la guerre* ; ils ne paient point d'impôts comme les autres

A. C'est-à-dire qu'on ne pouvait les y forcer; mais aucune loi ne leur défendait le métier des armes, si leur humeur belliqueuse les y portait.

Gaulois ; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges. Il en résulte que beaucoup de personnes, attirées par de si belles prérogatives, viennent se mettre d'elles-mêmes sous leur direction : d'autres y sont envoyées par leurs pères et par leurs parents. On y apprend, dit-on, un grand nombre de vers ; aussi quelquefois y reste-t-on vingt ans. Ils ne se croient point permis de mettre ces vers par écrit, quoi qu'ils se servent de caractères Grecs dans presque tous les actes publics et pour les conventions particulières. Ils en agissent ainsi, ce me semble, pour deux raisons: et pour que leur doctrine ne se divulgue pas, et de peur que leurs écoliers, se fiant aux écrits, ne cessent de cultiver leur mémoire. Car il arrive presque toujours qu'on la néglige et qu'on s'applique moins à apprendre par cœur, lorsque l'on a le secours des caractères.

Ils s'attachent surtout à persuader Que les âmes ne périssent pas, mais qu'elles passent d'un corps dans un mitre. Ils croient que ce dogme exalte le courage et fait mépriser la mort. Ils avancent encore et apprennent à la jeunesse beaucoup de choses sur les astres et leurs mouvements, sur la grandeur du monde et de la terre, sur la nature des êtres, sur la force et le pouvoir des Dieux.

Le second ordre est celui des Chevaliers. S'il en est besoin et qu'il survienne quelque guerre (or avant que César vînt chez les Gaulois, il n'y avait guère d'années qu'ils ne commissent ou qu'ils n'eussent à repousser

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