LIVRE VI
quelque agression), ceux-ci prennent tous les armes et chacun, suivant qu'il est plus distingué par sa naissance ou par ses richesses, s'entoure d'un plus grand nombre de clients et de gens à sa solde. C'est à cela seul qu'on reconnaît le crédit et le pouvoir.
Toute la nation gauloise est très adonnée à la superstition : de là vient que ceux qui sont attaqués de maladies graves, ou qui se trouvent dans les combats et dans quelque danger, immolent ou font vœu d'immoler des hommes : pour les sacrifier on se sert du mi nistire des Druides. Car ils croient que la vie d'un homme ne peut se racheter que par la vie d'un autre, et qu'il n'y a que ce moyen d'apaiser les dieux immortels. Ils ont même établi des sacrifices publics de cette espèce. Quelquefois on fait des mannequins d'une grandeur démesurée, dont les membres tissus d'osier se remplissent d'hommes vivants : on y met le feu et ces malheureux périssent dans des tourbillons de flammes. Ils croient plus agréable aux dieux le supplice des voleurs, des brigands ou de tous autres criminels ; mais, à défaut de ces victimes, ils en viennent à immoler des innocents.
Leur divinité principale est Mercure, dont ils ont beaucoup de statues. Ils en font l'inventeur de tous les arts, le dieu des chemins et des voyages, et lui attribuent la plus grande influence sur le commerce et les bénéfices pécuniaires. Après Mercure, viennent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Apollon chasse les maladies ; Minerve donne les principes des métiers et
des arts; Jupiter a l'empire des cieux; Mars préside à la guerre : quand ils ont résolu de livrer bataille, c'est d'ordinaire à lui qu'ils vouent ce qu'ils pourront prendre. Ils immolent ce qui reste d'êtres vivants et déposent en un endroit les autres choses. Plusieurs cités ont des lieux consacrés, où l'on peut voir d'énormes monceaux de ces effets; et il n'arrive guère qu'au mépris d'un pareil vœu l'on ose cacher chez soi une portion de butin, ou soustraire quelque chose du dépôt. La peine serait le plus cruel supplice.
Les Gaulois se vantent d'être issus du dieu Dis : c Les Druides, disent-ils, le leur ont révélé ». C'est pour cela qu'ils mesurent le temps par le nombre des nuits et non par celui des jours. La date des naissances. le commencement des mois, celui des années s'arrangent de manière que la nuit se trouve avant le jour. Leurs autres usages ne diffèrent guère de ceux des autres nations, qu'en ce qu'ils ne permettent point à leurs fils de se présenter en public devant eux avant d'être en état de porter les armes ; parce qu'il est honteux, suivant eux, qu'un fils en bas âge paraisse en public devant son père. '
Autant le mari reçoit d'argent pour la dot de sa femme, autant il met de son bien en communauté, d'après une estimation; on dresse conjointement un état des deux sommes, les fruits en sont mis à part, et les deux portions avec les arrérages appartiennent au survivant. Les hommes ont droit de vie et de mort sur leurs femmes comme sur leurs enfants ; quand quel-