‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 93 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

qu'un d'une naissance distinguée vient à mourir, ses parents s'assemblent, et, s'il y a lieu à quelques soupçons, on donne la question aux femmes, comme on la donnerait à des esclaves : si l'on découvre quelque chose, elles périssent par le feu et dans les plus cruelles tortures.

Les funérailles des Gaulois sont magnifiques et somptueuses à leur manière. Ils jettent dans les flammes tout ce qu'ils croient avoir été cher au mort, même les animaux ; et, naguère, les esclaves et les clients, reconnus pour ses favoris, étaient brûlés avec lui, à la fin de la cérémonie.

Les cités qui passent pour les mieux gouvernées ont une loi qui porte « Que celui qui apprend, chez un peuple voisin, quelque chose de relatif à l'État, doit, sans en faire part à qui que ce soit, en instruire d'abord le magistrat ». C'est qu'on a reconnu que souvent, sur un faux bruit, des hommes irréfléchis et sans expérience prenaient l'alarme, se portaient à des extrémités, et tranchaient sur les plus grands intérêts. Les magistrats informent le peuple de ce qu'ils jugent pouvoir lui être utile et tiennent le reste secret. Il n'est permis de parler d'affaires d'État que dans le conseil. "V^ V. Les usages des Germains sont très différents : car ils n'ont point de Druides pour présider au culte et ne s'occupent guère de sacrifices. Ils ne comptent de dieux que ceux qu'ils aperçoivent et dont les bienfaits sont visibles, le Soleil, Vulcain et la Lune : ils n'ont pas même ouï parler des autres. Ils passent toute

leur vie à la chasse ou dans les exercices guerriers, et s'appliquent, dès l'enfance, à s'endurcir à la fatigue. Ils font une estime particulière de ceux qui conservent leur virginité le plus longtemps : ils croient que cela nourrit la taille et la vigueur et fortifie les nerfs. Rien à leurs yeux de plus honteux que d'avoir connu les femmes avant vingt ans ; et c'est ce qui ne peut se cacher, puisqu'ils se baignent pêle-mêle dans les rivières et que les peaux et les petits manteaux, dont ils se couvrent, laissent à nu une grande partie de leur corps.

Ils ne s'adonnent point à l'agriculture et vivent principalement de lait, de fromage et de chair. Nul n'a une portion de terre en propre ; mais, chaque année, les magistrats et les chefs assignent aux diverses peuplades et aux familles qui se sont réunies, telle étendue de terrain et dans tel canton qu'ils jugent à propos, et, l'année d'après, ils les forcent à se transporter ailleurs. Ils donnent de cela plusieurs raisons : c'est, et pour que l'attrait de l'habitude ne fasse pas échanger le goût des armes pour celui de l'agriculture ; et pour qu'on ne s'occupe pas de se former de vastes possessions et que le plus puissant n'enlève pas au plus faible la sienne ; et pour qu'en vue de se garantir du froid et du chaud on ne bâtisse pas avec plus de soin ; et pour ne pas faire naître l'amour de l'argent, source de factions et de dissensions; et enfln pour maintenir calmes les esprits du peuple, qui se voit, du côté des richesses au niveau des plus puissants.

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