‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 95 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

voici celles qui semblent les plus extraordinaires et les plas dignes de remarque.

On y trouve ul bœuf de la figure du cerf, auquel il sort, du milieu du front, entre les oreilles, une corne plus élevée et plus droite que celles que nous connaissons; et du sommet partent, en forme de palmes, des rameaux très étendus. Le mâle et la femelle se ressemblent ; la grandeur et la forme de leurs cornes sont les mêmes.

L'élan est un autre animal, semblable au chevreuil par sa figure et les taches de sa peau, mais un peu plus grand. Il a les cornes tronquées et les cuisses sans jointures ni articulations ; aussi ne se couche-t-il pas pour dormir et, s'il lui arrive de tomber, il ne peut se relever et se remettre sur pied. Les arbres lui servent de couchette : il s'appuie contre et prend son repos dans une posture un peu inclinée. Quand les chasseurs ont, à sa trace, découvert sa retraite ordinaire, ils déracinent tous les arbres de l'endroit, ouïes entaillentau point qu'il ne leur reste que l'apparence d'être debout. Lorsque l'élan va s'y appuyer, comme de coutume, son poids les renverse et il tombe avec eux.

Un troisième animal est l'urus ; il est de l'espèce, de la couleur et de la forme d'un taureau, et un peu moins

4. César appelle cet animal un hœuf, suivant l'usage des Romains qui donnaient ce nom à tous les grands quadrupèdes, qu'ils ne connaissaient pas, et qui avaient avec le bœuf quelques rapports, même très éloignés. C'est ainsi qu'ils appelèrent d'abord l'éléphant Luca bos.

grand que l'éléphant. Il est très fort, court très bien et fond sur tous les hommes et sur toutes les bêtes qu'il aperçoit. On s'étudie à le prendre dans des fosses, où' on le lue. Les jeunes gens s'exercent et s'endurcissent à cette chasse très fatigante : ceux qui en ont tué plusieurs le prouvent en représentant les cornes, et c'est pour eux un grand sujet d'éloges. Les petits, quoique pris tout jeunes, ne peuvent s'apprivoiser et s'accoutumer à l'homme. Les cornes de l'urus, par leur ampleur, leur forme et leur nature, diffèrent beaucoup de celles de nos bœufs. Les Germains les recherchent, en garnissent les bords en argent et y boivent dans leurs festins d'apparat.

VL Quand César eut appris, par les espions des Ubiens, que les Suèves s'étaient retirés dans les forêts, il résolut de ne pas aller plus loin, de peur de manquer de blé; parce que, comme on l'a dit, les Germains ne s'adonnent guère à l'agriculture. Mais, voulant que les barbares pussent craindre son retour et suspendissent l'envoi de leurs troupes auxiliaires, il ne fit, en ramenant son armée, couper que deux cents pieds du pont, du côté des Ubiens, construisit à l'autre bout une tour à quatre étages, laissa douze cohortes pour garder le pont, assura ce poste par de grands ouvrages, et y mit pour commandant le jeune G. Volcatius TuUus. Pour lui, songeant à poursuivre Ambiorix, il envoie en avant, dès que les blés commencent à mûrir, L. Minutius Basilus avec toute sa cavalerie, espérant tirer avantage de la rapidité de sa marche et de la saison.

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