‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 97 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Ensuite il fit trois corps de son armée et réunit le bagage de toutes les légions dans Aduatuca, fort situé presque au centre du pays des Éburons, où Titurius et Arunculéïus avaient pris leurs quartiers d'hiver. Un des motifs qui lui fit adopter cette place, c'est que les retranchements de l'année précédente étant encore entiers, il y aurait moins de fatigue pour le soldat. Il laissa, pour garder le bagage, la quatorzième légion, l'une des trois dernières levées en Italie, et la mit avec deux cents chevaux sous les ordres de Q. T. Cicéron. Des neuf autres, il en donna trois à Labiénus pour se porter vers l'Océan, dans la partie de l'Éburonie voisine des Ménapiens, trois à Trébonius, pour dévaster le pays attenant aux Aduatiques, et voulut aller luimême avec les trois autres jusqu'à l'Escaut qui se jette dans la Meuse, et jusqu'à l'extrémité des Ardennes, où l'on disait qu'Ambiorix s'était dirigé avec quelques cavaliers. Il dit, en partant, qu'il serait de retour le septième jour: c'était celui où l'on devait distribuer le blé à la légion qu'il laissait avec le bagage. Il exhorta Labiénus et Trébonius à revenir pour la même époque, si le bien du service le permettait, afin de prendre des mesures ultérieures, après s'être communiqué de nouveau chacun ses idées, quand on .. aurait connu le plan de l'ennemi.

^>>*^ Il n'y avait, comme on l'a dit, aucun rassemblement connu, point de poste, point de ville qui offrît de la résistance; mais la multitude éparse de tous côtés, s'était arrêté là où quelque vallon obscur, un lieu fourré,

des raarais peu praticables lui offraient un asile et quelque espoir de salut. Ces endroits étaient connus du voisinage et les recherches demandaient beaucoup de précautions, non pour la sûreté du gros de l'armée (car dans la terreur et la dispersion générales de l'ennemi, elle était à l'abri de tout danger), mais pour ne pas perdre des hommes en détail, ce qui concernait aussi la conservation de l'armée : l'ardeur de piller entraînant trop loin beaucoup de soldats, et les sentiers tortueux et peu battus des forêts empêchant d'y entrer en troupe. Pour en flnir et pour exterminer cette race de scélérats, il fallait faire de petits détachements et subdiviser les manipules : car, si l'on voulait les retenir sous les enseignes, suivant les règles établies et l'usage constant des armées romaines, la localité seule défendait les Barbares, qui ne manquaient pas d'audace pour s'embusquer individuellement et surprendre les soldats isolés. Au milieu de ces difQcultés, on prenait toutes les précautions que pouvait dicter la prudence ; et quelque générale que fût l'ardeur de se venger, on aima mieux négliger quelques moyens de nuire, que d'exposer quelques soldats.

Césarcependant envoie des courriers chez les peuples voisins : il les excite par l'espoir du butin à se jeter sur les Éburons, aimant mieux compromettre dans ces forêts la vie des Gaulois que celle des légionnaires, et voulant de plus, en punition de leur énorme attentat, anéantir la race et le nom de ces perfldes, sur qui fondrait une grande multitude. Bientôt on accourut de

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