‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 98 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

toutes parts. Voilà ce qui se passait dans les divers cantons de l'Éburonie, et l'on approchait du septième jour où César avait promis de rejoindre les bagages et la légion.

On vit alors ce que peut le hasard et les grands événements qu'il amène. On a dit que les ennemis étaient épars et consternés, et qu'il n'en existait aucun corps, qui donnât la moindre inquiétude. Le bruit se répand au delà du Rhin chez les Germains, qu'on met à sac les Éburons et qu'on appelle tout le monde au pillage. Le peuple le plus voisin du fleuve, les Sicambres, qui avaient accueilli les Tenchthères et les Usipètes, rassemblent deux mille cavaliers et passent le Rhin sur des bateaux etdes radeaux, environ trente milles au-dessous du pont à demi-coupé de César et du corps qu'il y avait laissé. Arrivés sur les frontières des Éburons, ils en enlèvent plusieurs que la fuite avait dispersés, et s'emparent de beaucoup de bétail, dont ils sont très avides. Amorcés par le butin, ils poussent plus avant r nés dans la guerre et le brigandage, ni forêts, ni marais ne les arrêtent. Ils demandent aux prisonniers où est César; on répond qu'il s'est porté plus loin ainsi que toute l'armée. Alors un des captifs : Pourquoi, leur dit-il, pourchassez-vous une proie si mince et si misérable, quand vous pouvez à Vinstant même être dans l'opulence? Vous seriez dans trois heures, à Aduataca : c'est là que l'armée romaine a toutes ses richesses. La garnison est si faible qu'elle ne peut pas même border le rempart, et que pas un soldat n'ose sortir des re-

tranchements. Sur cet espoir les Germains cachent en un endroit leur butin et marchent vers Aduatuca, guidés par l'Éburon qui leur a donné ces renseignements.

" D'après les ordres de César, Cicéron avait, les jours précédents, tenu très strictement les soldats renfermés dans l'enceinte du camp, sans souffrir même qu'un valet en sortît. Le septième, il douta que César lui tînt parole, surtout parce que, d'après les rapports, il avait poussé plus avant, et qu'on n'avait aucune nouvelle de son retour. Ébranlé, d'un autre côté, par les propos qu'il entendait,* Qu'autant valait un siège que sa circonspection, puisqu'il n'était pas permis de sortir du camp » ; et ne croyant pas d'ailleurs qu'ayant devant soi neuf légions et une nombreuse cavalerie, on dût craindre quelque chose à trois milles à la ronde, les ennemis étant dispersés et presque détruits, il envoya cinq cohortes moissonner dans les champs voisins, qui n'étaient séparés du camp que par une seule colline. Les légions avaient laissé beaucoup de malades, dont environ trois cents qui s'étaient rétablis dans l'intervalle, se réunirent sous une enseigne et sortirent avec les cohortes. Une foule de valets, restés au camp, profita de l'occasion et suivit avec un grand nombre de bêtes de somme.

Le hasard amène, dans cet instant même, la cavalerie des Germains, qui, sans ralentir sa course, tente de se jeter dans le camp par la porte Décumane. Les bois nous masquant en ce sens, elle était si proche.

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