‹ Commentaires sur les lois anglaises (volume 2)Chapitre 22 sur 62 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

DE l'examen et de LA CONVICTION DES ACCUSJ^S.

Les divers modes établis par les lois de l'Angleterre pour l'examen et la (*.onviction des accusés étaient anciennement plus nombreux qu'aujourd'hui : ce qui était dû à la superstition de nos ancêtres Saxons , extrêmement livrés à la divination, comme les autres peuples du Nord; entre autres, selon Tacite {^de mor. Gemu lo. ), les anciens Germains. Ils avaient imaginé des méthodes multipliées d'examen ou de justification, pour préserver l'innocence du danger des faux témoignages, dans l'opinion oîi ils étaient que Dieu interviendrait toujours miraculeusement en faveur de l'innocent.

i. L'espèce d'épreuve la plus ancienne {LL. Inœ. 3c. 77. ) était celle de Y ordalie^ qu'on désignait particu^ lièrement par la dénomination At jugement de Dieu ^ judicium Dei, et quelquefois par celle de vulgaris pur^ gatio , pour la distinguer de la purgation canonique qui se faisait par le serment déféré à l'accusé. L'ordalie était de deux sortes, ou par le feu ou par l'eau {Mirr. c. 3. S a3.); la première était réservée aux personnes de haut rang, l'autre aux gens des classes ordinaires (1).

(i) Tenetur se purgare is qui accusatur, per Dei Judicium , scilicet per calidum ferrum , vel per aquam , pro diversiUite conditionis hominum ; per ferrum calidum , si fnerit homo liber; per aquam , si fuerit rusticus. (Glanv. 1. 14. c. i.).

Chap.XXFIL^ et de la conviction. 24 '

On pouvait se faire remplacer pour l'une ou l'autre de ces épreuves, mais en restant garant de l'événement: le remplaçant s'exposait seulement à quelques souffrances , pour un prix convenu , ou quelquefois même par attachement pour l'accusé (1). L'épreuve par le feu se* faisait en prenant dans la main un fer rougi au feu , du poids d'une ou deux ou trois livres , ou en marchant, pieds nuds et les yeux bandés, à travers neuf socs de charrue rougis au feu, placés parallèlement à des distances inégales : et si l'accusé (ou celui qui le remplaçait) sortait de l'épreuve sain et sauf, il était déclaré innocent; s'il en arrivait autrement, comme cela devait être à moins de collusion, l'accusé était condamné comme coupable. Cependant l'histoire rapporte que la reine Emma, mère d'£douard-le-Confesseur, accusée de trop d'intimité avec Alwyn, évéque de Winchester, manifesta son innocence par le dernier de ces raodes d'épreuve (Tho. Rudborne, jHwf. mcg. Winton. L [\. c. i.).

Pour répreuve de l'eau, l'accusé plongeait le bras nu jusqu'au coude dans l'eau bouillante , et devait l'en retirer sans en être brûlé ; ou on le jetait dans une rivière ou dans un bassin d'eau froide, et s'il restait à la surface de l'eau ^ sans aucune manœuvre pour nager, c'était une preuve qu'il était coupable ; mais s'il enfonçait dans l'eau, il était acquitté. U est aisé de recon-

(i) Cest ce qu'indique encore aujourd'hui cette phrase ordinaire, « passer à travers le feu et Teau, pour servir quel- « qu'un. »

Page 1