‹ Commentaires sur les lois du Bas-Canada; ou, Conferences de lEcole de Droit liée au collége des RR.PP. Jesuites; suivis dune notice historiqueChapitre 101 sur 102 · NOTRE HUMBLE OPINION · texte numérisé non relu

NOTRE HUMBLE OPINION

Le gouvernement canadien se trouve sans contredit dans une position bien affligeante, et de toutes les parties concernées dans l'embroglio actuel, c'est bien celle qui est le plus digne de notre sollicitude. M. Cartier arrivait de Washington ; il était tout fier des politesse" qu'il avait reçues des autorités fédérales, en retour de l'assurance qu'il était allé leur donner des dispositions infiniment favorables de son gouvernement et de la promesse de livrer Young et sa petite troupe à la justice sommaire des tribunaux de St. Albans ou d'un conseil de guerre présidé par le général Dix ; ses joarraux stipendiés le couvraient d'éloges et s'éloignaient graduellement de la cause du Sud. Tout le monde comprit que Mr. Cartier avait été député auprès du gouvernement de Washington par ses collègues qui, anxieux de faire disparaître tout ce qui pouvait être de nature à obstruer l'exécution du projet de confédération dont ils attendent honneurs, litres, salaires et hautes dignités, avaient décidé de rendre les accusés quand même, de crainte que quelque difficulté avec les Etats-Unis ne vint mettre un terme inopportun à leurs espérances désordonnées. On peut donc facilement imaginer le courroux du gouvernement canadien, en apprenant tout-à-coup que le ma-

gistrat sur lequel il comptait pour sacrifier les prisonniers de St. Albans à leur ambition, décide que la loi en vertu de laquelle il a émané san warrant, fait arrêter les accusés et les a détenus dans la prison commune est une loi qui, quoiqu'elle date de 1861, n'est pas encore en force, par le fait, la négligence et l'incurie du gouvernement du pays.

M. Cartier et ses collègues menacent alors le juge qui a rendu ce jugement de le destituer. Ils lui reprochent de n'avoir pas consulté le gouvernement avant de rendre son jugement : c'est-à-dire qu'il lui reprochent de ne pas avoir failli à son devoir et à ses ser ments î Ils lui reprochent la diligence et l'expédition, comme si cela n'était pas propre à faire honneur à son esprit et à ses talents ! Ils lui reprochent en même temps de s'être entendu d'avance, montrant par là qu'ils ne savent ce qu'ils disent puisqu'il y a contradiction évidente entre l'accusation d'avoir été trop précipité et celle d'avoir préparé le jugement d'avance ! Ils produisent à l'appui de leur opinion simulée et à laquelle ils ne croient pas un mot, un ordre en conseil du gouvernement impérial, sanctionnant le statut de 1861 comme si la production de cet ordre en conseil n'était pas la preuve même de leur négligence, puisque du moment qu'ils eurent reçu copie de cet ordre en conseil, leur devoir était de lancer une proclamation, les individus, les tribunaux et les sociétés ne pouvant se guider que sur la loi publiée et non sur la loi tenue secrète ! Si la dignité du gouvernement canadien et la situation exigent la destitution de M. Coursol, qui a agi conformément à la loi, qu'exigent donc dans ce cas l'honneur et la sûreté du peuple canadien, sinon un vote général de censure contre les hommes qui ont négligé de donner à la loi sa perfection et son couronnement, et qui sont en conséquence les auteurs de la position critique qui vient d'être faite à ce pays.

Quant à tout le bruit que l'on fait au sujet de M, Lamothe, nous ne pouvons attribuer qu'à l'égoisme le plus étroit et aux préjugés nationaux les plus dange-

reux, le procès irrégulier, injuste et illégal qu'on lui fait subir actuellement devant le comité de police. L'acharnement avec lequel tous les membres britannique du conseil travaillent à sa perte, est de nature à ôter à la population canadienne française de cette ville la confiance qu'elle avait en l'impartialité et en l'esprit de justice de la population d'origine britannique de cette ville. Pour notre part nous le déclarons de suite : Nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir pour prévenir une lutte de race sur n'importe quelle terrain ; mais si la population britannique tient absolument à engendrer chicane à la population canadienne-française et en l'attaquant la provoque à résister, il ne nous restera plus à nous tous canadien-français qu'à faire noblement notre devoir, à ne pas céder unpouce du terrain qui nous reste et à reconquérir à toutprix le terrain si imprudemment concédé. Nous cro ons que c'est l'ultimatum de la population française de cette ville.

M. Lamothe n'a rien fait qui ne soit parfaitement juste, légal et convenable ; s'il eut agi différemment, il n'eut certainement pas rempli son devoir. La déposition de M. Carter qui avait jeté quelque doute sur la légalité de la conduite du Capt. Lamothe, est élucidée de la façon la plus concluante par M. Maximilien Bibaud, dont nous publions la correspondance dans un« autre colonne. Nous ne pouvons croire que pour servir l'ambition de quelqu'envieux, la majorité du conseil se serve d'un prétexte dénué de fondement pour destituer le Capt. Lamothe, l'un des hommes le plus généralement estimés de cette ville et qui n'a cessé not seul instant de remplir ses devoirs à la satisfaction de. <out le monde.

Mederic Larctot,.

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